L’art de la miniature ou, plus exactement de la mosaïque est toujours dangereux lorsqu’il est pratiqué sans un thème fort et un maître du genre. Placé sous le sceau de la nostalgie et des valses européennes, ce récital est à marquer d’une pierre blanche. Il est d’abord une leçon de couleurs sonores. Jusqu’où faut-il projeter le son de la mélodie, essentiellement à la main droite pour mieux profiter de la résonance ? Attentif par-dessus tout à l’acoustique des lieux (ici, la paroisse protestante luthérienne " Bon secours " à Paris), Aldo Ciccolini ne joue pas : il capture l’écho des notes. Puis, il donne un style aux phrases, identifiant les valses dansantes de celles qui ne le sont pas. Les juxtapositions de pièces témoignent de la variété infinie de ce répertoire. Après la Valse op. 34 n° 2 de Frédéric Chopin, proprement indansable, la Viennoise de Gabriel Pierné tourbillonne comme une fausse improvisation avec ses traits en glissando, et s’enferme dans sa pesanteur qui fait songer à quelques pas en fin de soirée…
Aldo Ciccolini définit ainsi le pouvoir expressif de chaque partition, devenant délicatement hautain dans Grieg (Souvenir op. 71 n° 7) puis, attendrissant et nullement canaille avec Je te veux d’Erik Satie. Que de légères et délicieuses accélérations dans la Kupelwieser-Walzer de Schubert-Strauss, puis d’ombres fantomatiques dans la Valse très lente de Jules Massenet ! Ailleurs, on confondrait presque la Valse-Caprice de Gabriel Fauré, si aérienne et mutine avec une pièce allemande… En revanche, la Valse op. 39 n° 15 avec son rubato si particulier n’appartient qu’à Johannes Brahms. Cherchez enfin le compositeur de cette Valse lente si belle… Germaine Tailleferre et non pas Francis Poulenc ! Cet album est une parenthèse dans le temps.
Aldo Ciccolini (piano)
13 Valses : Œuvres de Chabrier, Chopin, Pierné, Sibelius, Grieg, Satie, Séverac, Tailleferre, Schubert/ Strauss, Debussy, Massenet, Brahms et Fauré
La Dolce Volta LDV13 (HM). 2013. 58′
Nouveauté
Les « 13 Valses » d’Aldo Ciccolini
Radio Classique
Ce disque est d’abord une leçon d’humilité pour ceux qui pensent que ces œuvres peuvent se contenter de la facilité.