L’Ensemble Masques joue Telemann

« Une barbare beauté »

Le statut de Georg Philipp Telemann (1681-1767) demeure peu enviable de ce côté-ci du Rhin : « invendable » affirment les disquaires, l’œuvre entière de notre homme restant couramment reléguée comme « aimable », « répétitive » et, de surcroît, d’une abondance suspecte. Pour couronner le tout, la postérité ne lui pardonne pas d’avoir été, en son temps, plus célèbre que Johann Sebastian Bach (et même Georg Friedrich Haendel), qu’il connut personnellement. L’année 2017 fêtera le 250e anniversaire de sa mort : l’occasion de venir à résipiscence en (re)découvrant, par exemple, ses Suites pour orchestre, un genre pour lequel Telemann s’est enthousiasmé (on en dénombre environ 600, perdues pour la plupart).

En bon polyglotte musical, cultivant à sa manière les « goûts réunis » de notre Couperin, le compositeur allemand sollicite la « barbare beauté » de la musique polonaise dans son Concerto polonois et revisite le mythe du « Chevalier à la triste figure » dans l’une de ses suites les plus célèbres appelée Burlesque de Don Quichotte. A travers les péripéties traversées par le personnage éponyme (Le Réveil de Quichotte, Son attaque des moulins à vent, Ses soupirs amoureux après la princesse Dulcinée…), c’est toute la veine pittoresque, l’imaginaire et l’instrumentation colorée de Telemann que l’Ensemble Masques s’emploie à magnifier, chapeauté par le clavecin expert d’Olivier Fortin.

Le Théâtre musical de Telemann, par l’Ensemble Masques, dir. Olivier Fortin (1 CD Alpha)