Le ténor au grand coeur

Rolando Villazon et Olivier Bellamy Rolando Villazon provoque en ce moment deux sentiments contradictoires. Il est à la fois adoré du public et très durement attaqué par une partie de la critique. On lui reproche notamment de chanter Haendel. « Ce n’est pas pour lui » estiment les spécialistes. Comme Placido Domingo ou Cecilia Bartoli ou Philippe Jaroussky, Rollando Villazon aime prendre des risques, aller où on ne l’attend pas et tenter l’impossible. Mais certaines personnes estiment qu’il est dans l’erreur. Sur quoi se basent-ils ? Sur une idée qu’ils se font d’un certain répertoire, étayée par des recherches musicologiques, qui ont force de loi et incarnée par des artistes, qui représentent le bon chemin, hors duquel on serait illégitime. Pourtant, on ne peut pas accuser les chefs d’orchestre Emmanuelle Haïm ou Paul Mc Creesh (qui guident Rollando Villazon dans sa recherche) de méconnaître le goût et le style baroque. Mais plus on connaît quelque chose en profondeur, c’est-à-dire de manière organique, plus on est libre avec cette chose. C’est quand on croit bien la connaître que l’on se réfugie derrière des « vérités » assénées et péremptoires. Or ce que les critiques confondent avec le style, c’est souvent la mode. Et s’ils brûlent ce qu’ils ont adoré, c’est que l’environnement, l’époque a changé. Ceux qui connaissent bien Haendel, dit-on, ne peuvent accepter ce que fait Villazon. Mais que connaissent-ils de Haendel, hors du filtre d’une certaine école de pensée (unique ?) et à un moment donné de histoire de l’interprétation ? Par définition, les véritables artistes sont là pour nous apporter une autre vision du monde. Pas pour suivre la mode ou plaire aux critiques, qui changeront d’avis dès qu’ils se seront habitués au changement de perspective. Villazon dérange les habitudes, bouscule la loi d’un tout petit milieu arrimé à ses certitudes. Mais si Haendel avait connu Villazon, il aurait senti tout ce que cet artiste pouvait apporter comme humanité à ses personnages et aussi (parce qu’il n’y était pas indifférent) lui apporter comme succès personnel ! Deux mille ans plus tard, toutes proportions gardées,et puisque nous sommes au moment de Pâques, nous revoilà condamnés à vivre éternellement l’opposition entre celui qui a la Foi à ceux qui défendent la Loi. Personnellement, je préfère écouter le premier plutôt que de crier « A mort » avec les seconds.

Voici le programme de Rollando Villazon :

Ombra mai fu (Haendel/Villazon)

Madeleines

Cri Cri (chanteur mexicain)

L’homme de la Mancha (Peter O’Toole)

Domingo : Perhaps Love

Programme

Ariodante : Scherza Infida (Album Haendel / Villazon)

Barenboïm et Orchestre du Divan : Valse triste de Sibelius

Una furtiva lagrima de Donizetti (Villazon)

Placido Domingo : Tosca E lucevan le stele

Bartoli : Album Vivaldi

Tamerlano : Ciel… (Album Haendel/Villazon)