Le Quatuor Voce : Une belle histoire d’amour

Trois filles, un garçon, dix ans d’existence et une vingtaine de concerts cet été.

Déjà dix ans ?
Cécile Roubin – Lorsque nous avons fondé le quatuor, nous n’imaginions pas être encore ensemble dix ans plus tard ; nous avions juste très envie de jouer et découvrir le répertoire, de nous immerger dans cette somme d’œuvres qui nous fascinaient – et qui nous passionnent toujours autant.
Lesquelles ?
Cécile Roubin, Sarah Dayan – Les quatuors de Beethoven. Nous nous sommes donné comme programme l’intégrale des quatuors de Beethoven, sur les dix années à venir.
Guillaume Becker – Et moi le 1er Quatuor de Ligeti.
Et aujourd’hui ?
Les " Beethoven ", toujours présents ; par ailleurs, le fait de jouer de plus en plus les quatuors de Bartók permet d’accéder à un niveau supérieur et une connaissance plus profonde de l’écriture pour nos quatre instruments. C’est une musique très exténuante, qui nous sollicite énormément, mais quelle richesse !
Sarah Dayan – Lorsqu’on aborde l’œuvre d’un compositeur, on apprend peu à peu à le connaître, de manière plus intime, jusqu’à parler sa langue, parce que nous le côtoyons tous les jours.
Cécile Roubin – Lorsqu’on travaille un premier quatuor de Mozart, puis un second, nous voyons bien les filiations qui existent entre les œuvres, et l’évolution du compositeur. Plus on avance, plus on acquiert une expérience, non seulement sur le corpus du compositeur mais sur les liens qui se tissent entre les œuvres et les époques.
Comment choisissez-vous vos enregistrements ?
Guillaume Becker – Nous avons eu notre première expérience avec nos maîtres, les musiciens du Quatuor Ysaÿe, qui nous ont offert notre premier CD, édité sur leur propre label (Nascor), dans une collec­tion dédiée aux jeunes. Nous avions carte blanche, et nous avons choisi La Jeune Fille et la mort de Schubert en pensant – peut-être de manière présomptueu­se, face une discographie déjà impressionnante – qu’avec notre regard de jeunes adultes d’une vingtaine d’années, cela aurait un autre sens ; et nous avons été récompensés, car le disque a été très bien reçu !
Cécile Roubin – À l’inverse, il serait prétentieux de notre part de penser qu’on peut graver un disque Schubert et qu’il soit parfait : il faut le prendre comme une photographie du groupe, à un moment précis. Nous avons enregistré un disque Beethoven (Naïve) selon les mêmes critères, parce que c’est une œuvre qui nous accompagne au quotidien, en toute modestie et sincérité, en prenant soin néanmoins d’acquérir un bagage indispensable, comme une sorte de caution, en suivant assidument les conseils de Günter Pichler, du Quatuor Alban Berg, ainsi que d’Eberhard Feltz – moins connu du grand public, mais immense pédagogue également, qui a une pensée très analytique et bien complémentaire de celle de Pichler.
Lydia Shelley, vous avez rejoint le Quatuor récemment ?
Oui, je viens de Londres, où j’ai été formée, puis j’ai cofondé le Quatuor Finzi en 2008, avant de rejoindre les Voce, en 2013. C’est amusant, parce que l’une des choses qui nous a réunis, c’est que moi aussi j’ai suivi l’enseignement de Günter Pichler. Ça été le déclic : nous nous sommes reconnus !