LE MAÎTRE DE MUSIQUE

Un demi-siècle d'enregistrements réédités à l'occasion des soixante-quinze ans du guitariste australien.

Sony Classical regroupe dans ce coffret l’intégralité des enregistrements du guitariste australien, réalisés pour la Columbia, puis pour Sony Classical, à partir de 1964, à l’occasion de ses soixante-quinze ans. L’ensemble comprend cinquante-sept albums originaux et une compilation couvrant plus de quarante années de production musicale, soit l’essentiel du legs du guitariste. John Williams a élargi le répertoire classique pour guitare qu’avait en partie établi Andrés Segovia. Dès l’âge de dix-sept ans, lors d’un concert au Wigmore Hall, à Londres, il s’impose en solo grâce à sa technique hors pair. Par ailleurs, il met en valeur des compositeurs d’Amérique du Sud peu joués jusqu’alors, à l’instar du Paraguayen Agustín Barrios Mangoré (auquel il consacre deux disques, en 1977 et en 1995) et du Vénézuélien An- tonio Lauro. Par ses collaborations avec le violoniste Itzhak Perlman, le guitariste flamenco Paco Peña, les chefs Daniel Barenboim ou Pierre Boulez, il tente de sortir la guitare de son microcosme. Jusqu’en 1981, John Williams enregistre sur guitare Fleta, un célèbre luthier barcelonais. Après, il enregistre essentiellement avec les guitares du facteur d’instruments australien Greg Smallman, alors peu connu. Ce qui explique la différence spectaculaire de sonorité du guitariste qu’on peut entendre à partir du CD no 33 du coffret. À la rondeur et au lyrisme de la guitare espagnole succèdent la clarté et la netteté de l’attaque de la guitare austra lienne. Aujourd’hui, toute une génération de concertistes, à l’instar de Judicaël Perroy en France, joue les guitares de Smallman ; preuve que le jeu équilibré et la précision technique de John Williams ont fait école. John Williams a marqué l’histoire de la guitare moderne qu’il a abordée comme un musicien classique, en mettant en valeur l’architecture de la partition avec une clarté inédite. Son style : un non-style, un jeu propre dénué d’artifices. S’il n’a pas le phrasé lyrique d’un Julian Bream, avec qui il grave des duos d’anthologie – un Grammy Award en 1973 pour " Julian and John " -, sa technique sans faille, sa précision rythmique et la densité de sa sonorité font de lui un roc dont les enregistrements sont toujours des références.