Le jarret de Daniel Mesguisch

On est toujours surpris par la fantaisie des acteurs (au sens large) sérieux et inversement par l’angoisse des acteurs comique. Ce paradoxe est un cliché (le clown triste et la tragédienne fofolle), soit, mais il est quand même surprenant.

Daniel Mesguisch est un homme sérieux. Le verbe est posé, la rhétorique huilée, la lucidité aiguisée. En même temps, il est plein de légèreté. Pendant les pauses de musique, nous nous amusions bien. Son programme était un peu bizarre. Ce n’était pas les musiques qu’il aimait le plus, mais celles des spectacles auxquels il avait participé. Ce n’était pas une marque d’égocentrisme, mais un fil rouge, qu’il avait choisi. Il aurait pu opter pour Wagner (qu’il a mis en scène), cela eut été plus « chic » que Penderecki, mais il s’en est tenu à sa thématique. Il avait aussi envie de faire plaisir à des amis (Laurent Petitgirard, Cyril Huvé…) , ce culte de la « générosité » chez les gens de théâtre !

A un moment, il m’a dit (micro fermé) : « Il faut que je place « jarret ». Je l’ai promis à une amie. » C’était un appel au secours. Il avait bien essayé de dire « jarret » au moment de parler de Brigitte Engerer, du Conservatoire, de Berlioz, mais impossible ! Le grand Mesguisch se livrant à une blague de potache… Alors bonne âme (du Se Tchouan ?), je l’ai aidé. Quand il a dialogué avec Petitgirard, je lui ai lancé une perche en or. A golden perche ! « Vous allez le retrouver au restaurant… » lui ai-je lourdement lancé, compromettant ma réputation par une estocade un peu étrange. Il ne l’a pas vue, ma perche. Elle lui est passé sous le nez. Dès que le micro s’est éteint, je l’ai copieusement enguirlandé. Il était navré. « Ah merde ! » disait-il. C’est le moins qu’on pouvait dire. Je lui en ai repassé une autre, encore plus risquée. Après le Petitgirard, j’ai dit : « Voilà une chanteuse, qui a de la cuisse » (risquant de passer pour trivial, voire grivois auprès de nos auditeurs les plus délicats). Heureusement, il a ferré le poisson à temps : « Et même du jarret ! » s’est-il exclamé d’un ton triomphant. On a bien rigolé. 

Mais je n’ai pas fait ce boulot pour rien. Il me fallait un salaire, une compensation. Je les ai exigés et reçus. C’était une imitation de l’accent guttural du nord de Marseille et l’accent plus gouleyant du sud de la cité phocéenne (comme disent les journalistes qui ne veulent pas faire de répétitions). 

Voici son programme :

Standchen de Schubert – Liszt par BrigitteEngerer

MADELEINES :

Luis Mariano : Etranger au paradis(d’après Borodine)

Leo Ferré – La Memoire et la mer

Nat King Cole – Unforgettable

PROGRAMME :

Paraphrase sur Rigoletto de Liszt par CyrilHuvé

Lelio de Berlioz

Elephant Man de Petitgirard

Haendel « Scherza infida » parJaroussky

Requiem de Penderecki

Requiem (partie chantée par les hommes) deLigetti

L’Arlésienne de Bizet,  dirigée par Jean Claude Malgoire