Avez-vous déjà visité les stations du Chemin de Croix et le Golgotha à Jérusalem ? Moi oui, avec un ami israélien qui m’y avait conduit. Le guide était un marchand local, un professionnel du tourisme à la sauvette, et quelque chose ne fonctionnait pas. Il n’était pas un religieux, ne semblait même pas chrétien. C’était comme aller à Disney Land. Or pas de syndrome de Stendhal à Disney Land. Pas d’émotion, pas de recueillement, pas d’éblouissement.
Contrairement à Laurence Equilbey, je pense qu’on ne peut pas diriger la Passion selon Saint-Jean de Bach si l’on n’est pas croyant, ou, même temporairement, frappé par la grâce comme Claudel devant le treizième piler de Notre-Dame de Paris.
C’est la raison pour laquelle le chef d’orchestre Otto Klemperer s’est converti au christianisme : pour diriger la Saint-Matthieu.
D’ailleurs, si Jésus n’est pas le fils de Dieu, cette histoire ne marche pas. C’est l’explication la plus… logique. Sinon, c’est un faits-divers. Sinon, Bach a composé un opéra. Or ce n’est pas le cas. Sinon c’est une histoire de fou. Sinon Jésus est un illuminé, Marie est une folle ou une menteuse, et Joseph est un cocu naïf. Ça ne tient pas la route. Ça ne fait pas une Passion, mais une tragi-comédie. La seule explication, c’est qu’il est le fils de Dieu. Et qu’il a été livré par les siens. L’erreur, le crime succédant au crime, serait de penser qu’il a été tué par « les » juifs. Non, mais il a bien été tué par « des » juifs. Ses frères. Qui ne sont pas coupables devant l’Histoire, car il fallait bien que la prophétie s’accomplisse. « Tout est accompli »… Quand Mel Gibson le filme, ce serait de l’antisémitisme. Et quand Jean l’écrit, c’est un texte saint ?
Si l’on n’y croit pas quand on dirige ou quand on chante cette oeuvre, c’est au mieux une admirable interprétation, mais dont l’essence a été perdue. Comme une mère qui aimerait son enfant par devoir sans croire qu’il est la merveille des merveilles, la lumière de sa vie, l’amour vrai, sacré, fondamental et inconditionnel. Comme le disait le pianiste Yves Nat : « Je prie, donc Dieu existe. »
Voici le programme de Laurence Equilbey :
Madeleines
Gluck Orphee et Euridice Ballet des ombres heureuses Gardiner/EMI
n°1 CD 2, à 1’50 (partie centrale, solo de flûte)
Alfven uti var hage North/Ericson/accentus / naïve
Classiques
Mozart / Concerto n°23 / Adagio / Harnoncourt/sony
Mozart / Messe en ut mineur / Kyrie / Insula Orchestra/Accentus
Farrenc/ Symphonie n°3 / Adagio/Allegro/ NDR/Label Cpo
Beethoven/ Symphonie n°6 / L’orage / Harnoncourt
Berlioz / Nuits d’été / Villanelle / Gens/Ondine