De Locatelli qui jouait « comme un diable » au pacte scellé par Paganini, la virtuosité a toujours semblé suspecte, au point d’engendrer son lot de fantasmes. C’est pourtant à « un ange » que Leclair fut comparé, en opposition bien sûr à Locatelli. Le premier cultive un art de la mesure ; le second un art de l’illusion. Sous les doigts de Chouchane Siranossian, la sonorité s’accorde pleinement aux différents univers : ronde et charmeuse chez Leclerc, elle délaisse la séduction chez l’Italien, s’autorisant même quelques aigreurs et frottements à des fins expressives, à l’image d’un dessin à la mine de charbon dont le tracé baverait par endroits. L’éventail des positions possibles sur l’instrument semble passé en revue via la vertigineuse montée du Capriccio pour violon seul qui referme les douze Sonates Opus 6.
« L’Ange et le diable » : Chouchane Siranossian (violon) et Jos van Immerseel (clavecin) jouent Locatelli, Leclair, Forqueray et Tartini (1 CD Alpha)