L’AIR DES GRANDS ESPACES

Dans sa troisième interprétation de la Symphonie n° 2 de Sibelius, captée en concert à Munich, Mariss Jansons fait circuler un souffle puissant et profite des couleurs d'un orchestre d'exception.

Une claque ! Après une première version avec la Philharmonie d’Oslo (EMI) puis un enregistrement public avec l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam (RCO), Mariss Jansons propose une seconde captation en concert de la Symphonie n° 2, cette fois à la tête de l’Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise à la Herkulessaal de Munich. S’il ne renouvelle pas sa lecture de l’oeuvre, il l’approfondit. Aussi, la clarté et l’absence de pathos, déjà caractéristiques des premiers enregistrements, permettent-elles de magnifier l’espace et la couleur, dans un tempo légèrement plus lent (45 minutes contre 42 pour EMI et 43 pour RCO) mais soutenu. En témoigne un Andante qui trouve sa puissance dans les arrêts nets des fins de phrases, laissant s’exprimer le silence dans toute sa densité. Associée à un orchestre soucieux d’établir un tapis sonore sans renoncer aux reliefs, cette direction dresse une cathédrale symphonique où chaque instrument est un soliste, conscient du tout, notamment dans le finale. Cet équilibre est aussi le moyen de faire la synthèse entre les parties folkloriques et symphoniques de la partition là où de nombreux enregistrements étaient plus tranchés : décomposition harmonique chez Bernstein (DG), sobriété viennoise chez Sanderling (Berlin Classics), modestie nordique chez Kamu (DG) et Vänskä (Bis) ou bien encore souffle postromantique chez Berglund (Finlandia). La Suite Karelia et le poème symphonique Finlandia sont quant à eux fidèles à l’esprit du compositeur, ne cédant jamais au nationalisme pur. Ils contribuent au contraire à l’élaboration progressive d’une mythologie, transformant le patriotique en monumental. À écouter de toute urgence !