La sensibilité cachée de Philippe Torreton

Philippe Torreton me fait penser à ce que le réalisateur Alain Corneau dit des acteurs japonais : « On les croit froids et insensibles alors qu’ils sont au bord des larmes ». Il rappelle aussi des acteurs comme Lino Ventura ou Gérard Lanvin. Des géants au pieds d’argile. 

Quand il est arrivé au studio, je lui ai demandé s’il allait aux Césars après l’émission. « Non, je dîne avec ma femme » m’a-t-il sobrement répondu. Nous avons commencé l’interview en nous concentrant sur le fond : Tchékhov et la musique. Il restait pro et sérieux : la pièce, mes camarades, mon métier d’acteur. J’ai essayé de gratter plus loin. Il s’est d’abord tenu sur ses gardes : « qu’est-ce que je peux répondre à cela ? » Et puis la musique a fait le boulot. Je l’ai vu concentré, tendu comme un arc, battant maladroitement la mesure. Submergé d’émotion. Je l’ai taquiné et déridé pour qu’on ne s’enferme pas dans une ambiance trop tragique. Au bout de quelques minutes, nous étions, je crois, dans une atmosphère tchékhovienne : entre gravité et légèreté. La musique au coeur. Sa carapace a commencé à se fissurer, son costume « une pièce » s’est soudain dédoublé, son ton en mode majeur s’est aventuré vers le mineur. Toujours la même intensité, le côté brut (mais pas brute) avec un peu de douceur en plus. A la fin, il était touché. On est resté debout, un peu sonnés, sans rien dire. « C’est très émouvant » a-t-il concédé. Une belle rencontre, vraiment. Voici son programme :

La supra Madeleine

- Concerto pour violon de Mendelssohn (1er mvt)  Isaac Stern / Eugène Ormandy. 

Madeleines

Jacques Brel : Fernand

Allain Leprest : Edith

Beethoven : Sonate « Clair de lune »

Programme

Les Noces de Figaro : Ouverture : Carlo Maria Giulini.

La jeune fille & la mort : 2ème mvt : Quatuor Prazak

Mozart : Cto pr clarinette : Adagio – Orpheus (DG)

Bach : Partita n° 2 (Murray Perahia)

 Tosca : Puccini : Air de E lucevan el stelle par Di Stefano (EMI)