Après La Périchole, le théâtre des Variétés demande encore du neuf à Jacques Offenbach, pour les fêtes de la fin de l’année 1869 : ce sera Les Brigands. Le compositeur houspille ses librettistes : « Je ne veux pas que des couplets, Je veux des situations comiques ! » Il se plaint à Halévy que le travail avance trop lentement, et traite Meilhac de paresseux. A la répétition générale le 26 novembre, on respire : tout est en place – mais la première prend du retard. Les Parisiens s’impatientent : que se passe-t-il ? Le 10 décembre, enfin, la création a lieu et c’est un tonnerre d’applaudissement. Peut-être que les Français savent qu’il leur reste peu de temps à rire, ainsi que l’annoncent ces bottes prophétiques des carabiniers qui arrivent trop tard :
« Nous sommes les carabiniers. La sécurité des foyers. Nous arrivons, nous arrivons, nous arrivons, toujours trop tard… »
Le 25 mars 1870, c’est la dernière, et le 19 juillet, c’est la guerre. Soupçonné d’être un espion allemand, Offenbach doit quitter la France précipitamment. L’amuseur du second Empire devient un pestiféré dans les rues de la ville qui l’a couronné.
Photo : Les Brigands à l’Opéra Comique © Pierre GROSBOIS