Jonas remonte le temps

Un live nous arrive de Berlin dans lequel le célèbre ténor reprend le programme de son disque "Du bist die Welt".

Simplement épatant, et exemplaire aussi. Le concert d’abord, sensiblement le programme du récent CD justement applaudi pour ses choix aventureux et son engagement : mais indéniablement dans ce " live " de Berlin l’image visible de Kaufmann, son engagement de comédien et de séducteur, son intelligence scénique hors du commun ou bien font oublier ou bien légitiment, expliquent et justifient les pailles vocales qui au CD peuvent inquiéter, irriter. Ici la performance tout court est fantastique, la forme vocale irréprochable, étant admis (et programmé) que les aigus seront ou bien durcis ou sinon donnés en mixte (ou même fausset). Mais quelle pêche ! Quel talent de se mettre dans la peau du personnage, de bouger avec lui ! Quelle mimique supérieure, gagnante sans être m’as-tu vu, pour s’accompagner son chant ! Et quel naturel, permis par l’acoustique de la salle (naguère encore Berlin-Est) ! En prime royale l’intelligent documentaire " Berlin 1930 ", riche d’archives, nous donne le contexte de cette flambée d’opérettes tardives. Voilà Marlène et Maritschka dans la même chanson que Jonas aujourd’hui, Tauber en actualités et en film, Joseph Schmidt de même, leur allure et leur voix, et Kiepura, le plus beau de tous et à l’aigu insolent ! Rétrospective brève mais adroite, avec d’ultimes témoignages de la fille de Kalman (in-cro-yable) et même Marta Eggerth (Mme Kiepura) centenaire, et jalouse !! Sur la fin brune et terrible de tout cela juste assez est dit. Appoint exemplaire à un concert déjà captivant.