Johann Christoph Vogel par Hervé Niquet

Il valait bien la peine qu’Hervé Niquet et le Concert Spirituel partent à la recherche de « La Toison d'or » et s’en emparent avec talent.

À l’instar du Thésée de Gossec publié il y a peu par l’équipe du Palazzetto Bru Zane, La Toison d’or (1786) se veut une énième adaptation du mythe de Médée. Si le livret ambitieux qu’en a tiré Philippe Desriaux n’est pas exempt de faiblesses dans son déséquilibre entre les protagonistes, la musique de Johann Christoph Vogel sauve la mise en tirant parti des nombreux monologues de la Magicienne, et en montrant par là même son assimilation de l’Alceste de Gluck. La mort devait hélas emporter, à la veille de la Révolution, cet exact contemporain de Mozart qui laisse également un Démophon.
L’ouverture donne un pertinent aperçu des tuilages esthétiques à l’œuvre dans la par­tition, même si l’orée du romantisme finit par l’emporter tant les bouillonnements sanguins suintent à travers le marbre gluckiste. Retrouvant les accents dramatiques de la Sémiramis de Catel qu’il enregistra pour le même label, Hervé Niquet semble décidé à tirer Vogel vers Spontini plutôt que de le laisser dans l’ombre du Chevalier. La fine distribution du Centre de musique baroque de Versailles qui fit le succès du Renaud de Sacchini (" Choc ", cf. Classica n° 154) se montre à nouveau à la hauteur : le mezzo dense et moiré de Marie Kalinine incarne ici l’envers maléfique de la magicienne Armide dans Renaud, comme en témoigne son invocation du troisième acte (" Viens, ô divinité terrible "). Le chant à la fois sobre et animé de Jean-Sébastien Bou fait merveille en Jason, ingrat amant de la touchante Hipsiphile de Judith Van Wanroij, dont la souplesse de la ligne a des relents de récitatifs lullistes. La voix de Hrachuhi Bassenz bouge un peu et Jennifer Borghi fait de son mieux dans le rôle de la Sybille. Pas de quoi entacher cette redécouverte émaillée, comme à l’accoutumée avec le Palazzetto, d’un remarquable apparat critique ; oui, cette Toison d’or vaut bien qu’on parte à sa recherche !
Johann Christoph Vogel (1756-1788)
La Toison d’or
Marie Kalinine (Médée),Jean-Sébastien Bou (Jason), Judith Van Wanroij (Hipsiphile), Jennifer Borghi (la sybille), Hrachuhi Bassenz (Calciope), Martin Nyvall (Arcas),Chœur du Staatstheater Nürnberg, Le Concert Spirituel,dir. Hervé Niquet
Glossa 2 CD GES921628F (Harmonia Mundi). 2012. 1 h 49′
Nouveauté 1re