JOCHUM, BRUCKNÉRIEN UNIVERSEL

Au fil des parutions, Eugen Jochum se révèle être le plus grand brucknérien du XXe siècle, utilisant les qualités de chaque orchestre pour transcender la partition.

Les nombreuses versions de la Septième Symphonie d’Anton Bruckner sont exemplaires quant à la capacité d’Eugen Jochum de tirer le meilleur de chaque orchestre qu’il dirige dans l’œuvre du compositeur autrichien : avec le Philharmonique de Berlin (DG, 1964), le Concertgebouw d’Amsterdam (Tahra, 1970 et Altus, 1986), la Staatskapelle de Dresde (EMI, 1976), l’Orchestre national de France (Montaigne, 1980), sans oublier diverses archives avec Vienne, notamment. Dans la Septième Symphonie, la plus mystique de tout le cycle, il obtient d’emblée une pureté du galbe proprement saisissante. Bien qu’il ne s’agisse que d’un seul concert (8 novembre 1979), nous sommes frappés par la perfection des équilibres, la clarté des crescendos qui propulsent le son sans effort. Mais, par dessus-tout, le sens de la narration, du mystère, la capacité chez Jochum de capter l’attention des musiciens et du public fascinent. La moindre phrase chante avec naturel. Les changements d’atmosphères, les ruptures de rythmes, qui sont l’essence même de la musique de Bruckner se produisent comme une évidence. Cette lecture si pensée et raffinée se situe pourtant aux antipodes de toute forme " d’intellectualisation ". Comme si le travail durant les répétitions avait été d’une si grande profondeur, que le concert n’en soit que le simple aboutissement. L’Adagio est ainsi l’un des plus lents de la discographie (quelques rares interprètes dont Celibidache font plus long encore, mais avec une approche radicalement différente de l’œuvre) et la densité sonore obtenue par Jochum est proprement sidérante. Elle révèle comme rarement, le lien entre l’œuvre et " l’enchantement " wagnérien (entre 4′ et 7′). Loin de toute emphase, cette lecture exprime une joie heureuse jusque dans le Scherzo, qui se refuse à " guerroyer ". Comment ne pas songer ici à l’exaltation rythmique ressentie dans les Cantates et les Passions de Bach ? La fraîcheur et la détermination du Finale sont tout aussi réjouissantes. Un grand disque Bruckner.