JAN LADISLAV DUSSEK, VAGABOND MUSICIEN

Rares au disque, les compositions du Bohémien Jan Ladislav Dussek sont pourtant d'une grande qualité et préfigurent l'avènement du Romantisme.

Une des étapes de la carrière de Jan Ladislav Dussek fut Londres, où il séjourna une dizaine d’années et qu’il dut quitter précipitamment en 1799 pour échapper à la prison pour dettes. Ce grand pianiste, outre sonates et concertos, composa un grand nombre de pièces diverses, dont vers 1794 ces Douze Études mélodiques (ou Leçons progressives) op. 16, d’une durée globale de trois quarts d’heure. Il s’agit de pièces caractéristiques de haut niveau, jouées ici à la perfection et au sein desquelles on peut distinguer quatre sonates en trois mouvements : un vif de forme sonate (nos 1, 4, 7 et 10), un lent ou plutôt chantant (nos 2, 5, 8 et 11) et enfin un rondeau (nos 3, 6, 9 et 12). Hommage est rendu à diverses nations, avec un Rondeau à la turque (n° 3), des Airs variés russes (n° 5) et anglais (n° 8), ou encore un ébouriffant Rondeau sur la Retraite espagnole (n° 12) dont le thème fait penser à un tube d’il y a plus de soixante ans, Maria de Bahia, alors joué par Ray Ventura et son orchestre.
Si trois de ces pièces, dont la Chansonnette n° 11 (connue de tous les apprentis pianistes), ont été enregistrées jadis au pianoforte par Jan Panenka (Supraphon 1987), l’ensemble est une première mondiale. Il en va de même de la vaste et étonnante Fantaisie en fa majeur op. 76, datée de 1811 : Dussek était alors au service de Talleyrand. En huit sections lentes ou rapides, avec au centre un Menuet du Carême (Andante rustico) suivi d’une Marche Solennelle (Larghetto maestoso), et pour finir un Rondo alla Polacca, elle passe par les tonalités les plus diverses et relève largement du romantisme annonciateur de Frédéric Chopin. Ce CD est à marquer d’une pierre blanche.