INTERVIEW : JONATHAN NOTT, L’ÉMOTION POUR LEITMOTIV

A la tête de l’Orchestre symphonique de Bamberg depuis 2000, l’Anglais Jonathan Nott a propulsé la formation bavaroise au devant de la scène internationale, réalisant un sans-faute discographique.

En France, on vous connaît essentiellement pour votre passage à la tête de l’Ensemble Intercontemporain, entre 1995 et 2000…
Jonathan Nott :

A croire qu’on a oublié que j’ai surtout dirigé des opéras, de Mozart à la musique du XXe siècle, notamment à l’Opéra de Francfort ! Comme si le répertoire contemporain devait faire oublier le  » beau  » son, l’art du chant, la tension qui passe d’une note à une autre, bref l’émotion… Mon travail avec l’Ensemble Intercontemporain ne s’est pas résumé à prendre parti dans une vaine querelle entre musique tonale ou atonale. Quelles que soient les sources sonores, elles ne viennent jamais de nulle part. Je ne fais aucune différence entre diriger une création et une symphonie de Schubert. Dans les deux cas, j’essaie de comprendre ce que veut le compositeur et ce qu’il a mis derrière ses notes de musique.

Votre discographie avec Bamberg témoigne d’une continuité artistique allant de Schubert à Mahler. Comment avez-vous déterminé ce choix ?
Je suis parti de la sonorité de l’orchestre et de sa tradition musicale. Il a été fondé en 1946, autour d’un noyau d’artistes tchèques, qui avaient appartenu à l’Orchestre philharmonique (allemand) de Prague. Il s’agissait donc de réfugiés d’Europe de l’Est dont le premier directeur musical, Joseph Keilberth a préservé le son tout en ouvrant au maximum le répertoire. Par la suite, d’autres chefs ont stabilisé la formation comme Eugen Jochum. Mon travail a consisté à respecter ce socle tout en affinant la clarté du son. C’est pour cela que les premiers disques se sont focalisés sur l’art du chant que j’évoquais, les symphonies de Schubert et les premiers opus de Mahler : sa musique les acquis du romantisme et pose les bases de la modernité du XXe siècle. Nous avons creusé ce répertoire en cherchant notamment les traits d’orchestre originaux prévus par Mahler.

Quels sont vos prochains enregistrements pour le label Tudor ?
Ce sera Le Chant de la Terre avec, peut-être l’Adagio de la Dixième Symphonie. Nous ferons alors une pause. Diverses idées sont dans l’air. Pourquoi pas de la musique française…

Votre contrat avec l’Orchestre s’achèvera en 2016. Comment imaginez-vous le futur de la formation et, plus généralement, de la vie musicale en Allemagne ?
Je suis venu en Allemagne pour la première fois en 1988 avec le désir d’apprendre la langue et de diriger. Des dizaines d’opéras, d’orchestres vivent dans ce pays. 10% de la population achète des places au moins une fois par an. C’est infiniment plus qu’en Angleterre. Je suis optimiste parce que dans ce pays, la musique ne s’adresse pas seulement à une élite cultivée.

Jonathan Nott dirige l’Orchestre de la Suisse romande dans la Symphonie n° 7 de Mahler, à Genève, le 22/10, ainsi qu’à Lausanne, le 23/10.