Précision et sensibilité ne vont pas forcément de pair. Lorsqu’Hélène Mercier évoque le souvenir de Brigitte Engerer qui fut sa partenaire musicale la plus fidèle et son amie la plus chère, elle parvient à cet équilibre si délicat. Quand on parle d’un ami disparu, on a tendance à idéaliser la personne ou à parler surtout de soi à travers l’autre. Il est si facile parfois de parler des disparus lorsqu’ils ne sont plus là pour vous corriger. En revanche, il est difficile de les décrire hors des clichés abondamment repris. Avec honnêteté, courage et émotion, Hélène Mercier nous a fait revivre Brigitte Engerer telle qu’elle l’a connue et depuis si longtemps, de manière intime, pas seulement la Brigitte sociable et rigolarde, mais la Brigitte exigeante, angoissée, torturée. Soudain je me suis souvenu que lorsqu’elle riait, Brigitte avait toujours une lueur noire dans l’oeil.
Ce qui en faisait une immense artiste, c’est que la vérité de l’oeuvre passait avant ce qu’elle voulait en faire, mais qu’en même temps toute sa personnalité se fondait authentiquement, charnellement, spirituellement, passionnément dans l’oeuvre qu’elle devait incarner. Il nous reste tous ses disques magnifiques qui témoignent de cette résolution du paradoxe de l’interprète qu’elle est parvenue à résoudre. Au prix de grandes joies et de grandes souffrances, comme tout ce qui compte réellement dans la vie.
Voici le programme :
mvt lent du 2eme concerto de Chopin
les tableaux d’une exposition moussorgski
les scènes d’enfants (Rêverie, L’enfant s’endort)
Mozart Concerto pour deux pianos (Engerer Mercier)
Hélène Mercier, in memoriam Brigitte Engerer
Radio Classique