Les Immortels meurent aussi et même un peu plus souvent que les autres puisque Hélène Carrère d’Encausse, son secrétaire perpétuel, a comptabilisé deux et demi de chers disparus par an. C’est la raison pour laquelle trois ou quatre fauteuils sont toujours vacants sur les quarante prévus par Richelieu depuis 1635. Il faut dire que, dans cette vénérable institution, unique au monde, indépendante, la valeur attend le nombre des années. Outre la fameuse séance hebdomadaire du dictionnaire (on en est à la lettre Q), les académiciens doivent trouver du temps pour lire les livres en lice pour les prix littéraires et participer aux travaux en cours. Depuis Marguerite Yourcenar, grâce à Jean d’Ormesson, les femmes y ont droit de cité. On peut s’amuser du protocole quelque peu suranné des réceptions en habit vert, de l’épée, de l’hommage à son prédécesseur, mais il est peu d’organisations humaines qui résistent aussi bien au temps depuis près de quatre siècles.
On peut discuter les choix des élus appelés à siéger sous la coupole, mais, ainsi qu’à L’Orchestre philharmonique de Vienne, le but n’est pas d’accueillir forcément les meilleurs écrivains ou les meilleurs musiciens, mais ceux qui défendront la langue dans sa diversité intrinsèque et qui serviront au mieux l’idée d’une certaine tradition tout en la renouvelant doucement.
Voici le programme d’Hélène Carrère d’Encausse :
– La petite musique de nuit Mozart
– Guerre et Paix de Prokofiev
– La ballade en sol mineur opus 23 Chopin
– Le boléro Ravel
En ce qui concerne les trois « madeleines » :
– La truite Schubert
– Le beau Danube bleu Strauss
– Carmen Bizet en particulier Toréador.