Giuliano Carmignola et Amandine Beyer jouent Vivaldi

Libres comme l’oiseau…

On dénombre une cinquantaine de doubles-concertos chez Antonio Vivaldi, qui semble avoir donné au genre ses lettres de noblesse. Tel un prélude à une joute spectaculaire entre les deux protagonistes (bien malin qui pourra, à l’oreille, les distinguer), « les étendards sont dressés » nous dit la pochette de cette nouveauté du label Harmonia mundi ; le zéphyr se joint à l’aquilon pour les faire claquer au fil d’une complicité de tous les instants, enrichie, comme dans le cas du Concerto RV 507, des ornements réalisés par Pisendel et d’un arrangement de la coda pour deux violons afin de soustraire au primo principale ses prérogatives. 
Les micro-glissandos, les attaques souvent corrosives, l’articulation saisissante confèrent une expressivité qu’on ne peut s’empêcher de rapprocher du chant des oiseaux – comme la violoniste Amandine Beyer nous y  invite elle-même : jeux d’oppositions et de mimétismes en motifs facétieux dans les mouvements rapides, ou, tel l’Andante du Concerto RV 505, le mâle lutinant la femelle (à la tierce) entre deux effusions (unissons) et battements d’ailes (montées en trilles). Les sonorités flûtées de l’orgue dans le Concerto RV 510 apportent une variété de couleurs aux ritournelles, d’une alacrité jubilatoire.

Vivaldi : Concerti per due violoni, Giuliano Carmignola, Amandine Beyer (violons), Gli Incongniti (1 Cd Harmonia mundi)