Dans le titre de son dernier spectacle, provocateur comme il se doit, Gaspard Proust semble nous rappeler que l’humour est là pour nous donner de la joie, mais que la loi a restreint la possibilité de l’exercer librement. On ne peut pas tout dire comme on ne peut plus alpaguer le chaland. (Nicolas Bedos en sait quelque chose : il risque les assises d’avoir lâché : « Les Arabes vont enfin pouvoir se remettre à voler », après la victoire de François Hollande).
Moyennant une somme convenue à l’avance, dont le montant varie avec le prestige du lieu où se passe la transaction, Gaspard Proust donne donc de sa personne durant un temps limité et sans sélection arbitraire du client en fonction de son âge, de son origine ou de sa couleur politique. C’est au théâtre du Châtelet, lupanar de luxe subventionné (comme autrefois l’Opéra) qu’il monnaye ses charmes et offre un soulagement tarifé à ses contemporains pour leur permettre de relever un peu la soupape avant de reprendre leur train-train quotidien.
Dans lepoint.fr, il soulève gratuitement la jupe en parlant de l’actualité. C’est ainsi qu’évoquant le débat de la campagne présidentielle, il décrit François Hollande face à Nicolas Sarkozy comme « un puceau expliquant doctement la jouissance à un syphilitique ».
Mais Gaspard Proust connaît aussi la musique. Il est rare d’échanger avec quiconque, rue Saint-Denis, sur les vertus comparées de Celibidache ou de George Szell dans telle symphonie de Haydn ou de Bruckner. Sauf peut-être à la sortie d’un restaurant après une fête d’anniversaire si d’aventure on y croise un ancien président du FMI. Mais c’est une autre histoire.
Voici son programme :
Les madeleines
Toscanini, Tchaïkovski, « Casse-noisettes », Valse des fleurs
Lanna Del Rey ; « Video games »
Veronique Sanson : Le temps est assassin
Les classiques
Mahler, 9ème, 1er mouvement, Bernstein, 1979, live avec le Berliner
Haydn, 98 b flat, premier mouvement, Szell, Cleveland
Mozart, sonate piano et violon, K 304, deuxième mouvement ; Haskil, Grumiaux, live à Besançon
Bruckner ; 7ème symphonie, deuxième mouvement, Celibidache
Gaspard Proust, il tapine, et alors ?
Radio Classique