Tout est là dès l’attaque de la D. 894. C’est lent mais pas étiré ; du sur-place, avec des silences entre, des suspens qui comptent ; un soin extrême du poids du son et des estompes, mais du timbre aussi, qui peu à peu semble s’orchestrer lui-même, dans une mi-voix étudiée, singulière, juste. En rien la monumentalité gigantesque, fatale que Vladimir Ashkenazy et Claudio Arrau mettaient à ce molto moderato. David Fray n’a pas des moyens semblables, et ne cherche pas à les prétendre : mais en liquidité, en suspens, en conduite rythmique sûre, parfois un rien retenue (mais jamais déparée) par un rien de rubato, il nous offre un des longs parcours en Schubert les plus poétiques, les mieux tenus, qu’on puisse espérer. L’envol de la mélodie ensuite au Trio ne sera pas moins exemplairement épuré. C’est à la fois étudié (le son, les estompes) et naturel, sûr d’où ça va, avec un ton et une évidence très bienvenus aujourd’hui. Avec Rouvier dans la Fantaisie en fa mineur c’est autrement carré et allant, avec des plages de clair-obscur, estompes et illuminations qui dans cette unanimité à deux ont quelque chose de miraculeux. Lebensstürme plus en dehors, allant et exprimé conclut dans une fête sonore ce saisissant hommage au piano de Schubert.
FRAY OU L’IMAGINATION SCHUBERTIENNE
Radio Classique
Réussite inattendue pour le jeune pianiste David Fray au « lyrisme royal » qui a trouvé sa voie, et le Schubert le plus secret, sa voix.