Bien qu’intitulé « Miroirs », ce récital écarte le fameux cycle ravélien pour tenter un rapprochement qui, sur le papier, laisse plutôt dubitatif: tout n’oppose-t-il pas le prolifique et conquérant Liszt au discret et pondéré Dutilleux ? Il fallait tout l’art de Jonas Vitaud pour entreprendre semblables « correspondances ». L’association intelligente ici prodiguée entre les pièces des compositeurs français et hongrois met à jour leurs virtualités secrètes tout en renouvelant notre écoute. S’il appartient à la bravoure de la Méphisto-Valse et de la Sonate opus 1 de clôturer le disque, on ne trouvera rien de tapageur dans le jeu racé de Jonas Vitaud – de la trempe d’un Bolet –, même si davantage de morsures, d’accents, ne dépareraient pas une Méphisto-Valse, certes diabolique mais dansée sur les pointes.
La Sonate de Dutilleux, elle, enchante par son lyrisme épuré et ses textures aérées qui ménagent des éclaircies au discours jusque dans l’appareil scolastique du Choral et variations dont le compositeur allait vite se déprendre.
La première partie du programme n’est pas en reste: les Préludes pourraient être des études sur l’évanescence tant l’interprétation donne son juste poids à chaque son et agrégat sans verser dans le stéréotype « musique contemporaine pour piano ». Quand l’abbé Liszt rétrécit l’empan romantique de son inspiration, cela donne les fascinantsAngelus et Klavier-stücke. Sous les doigts de Jonas Vitaud, leurs jeux de timbres et de sonorités n’ont jamais paru aussi proches de la musique française.
FASCINANTS JEUX DE TIMBRES
Radio Classique
Le jeune pianiste Jonas Vitaud associe dans ce nouveau récital Dutilleux et Liszt : un rapprochement aussi inattendu qu'intelligent.