Converser avec Eva Darlan m’a rajeuni. J’ai retrouvé la saveur de longues discussions avec ma mère et mes tantes qui avaient eu un père particulièrement tyrannique. L’homme est donc à la fois objet de désir et de détestation en ce qu’il représente un violeur potentiel, un macho en puissance et l’objet d’un ressentiment profond. Nous voilà donc, enfants de féministes, déclarés coupables d’un crime que nous n’avons pas commis et honteux d’un pénis que nous n’avons pas choisi. Malheureusement, cela ne marche pas comme ça. Nous ne devenons pas amoureux et respectueux des femmes parce que notre mère nous aura démontré l’effarante et injuste domination du mâle sur la femelle, mais parce que nos parents se seront respectés et aimés, et parce qu’ils auront été justes, fermes et aimants avec nous. « En matière d’éducation, disait François Mauriac, la puissance de l’exemple compte bien plus que nos velléités de système. » Heureusement pour moi, ma mère était exemplaire en tout et c’est cela qui m’a formé bien plus que sa volonté de modeler notre cerveau dans le « bon sens ». C’est pourquoi aussi l’affaire Cahuzac tombe aussi mal pour le gouvernement. Tirer à boulets rouges sur l’argent, la finance et stigmatiser ceux qui partent à l’étranger implique une intenable vertu qui n’est pas de ce monde. Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais. On pourrait aussi malicieusement remarquer que la « parité » clamée par Eva Darlan et Laurence Equilbey se remarquent bien peu dans leur programme musical. De mémoire d’animateur, celui qui a le mieux parlé des femmes interprètes, par goût, par sensibilité et pas par devoir ou pour s’aligner sur un diktat, c’est Bertrand Blier, considéré par de nombreuses féministes comme un réalisateur misogyne. Les choses sont donc bien plus complexes, subtiles que ça et ne se décrètent pas. Et quant à Sacha Guitry si souvent brocardé par les gynécées militants n’a-t-il pas réservé à ses actrices des rôles magnifiques ? Et pas seulement pour obtenir leurs faveurs si l’on songe à Pauline Carton présente dans tous ses films !
Que des femmes soient excisées, mariées contre leur gré, battues, interdites d’éducation sur la planète (voila ce qu’il convient de dénoncer) ne justifie pas un absurde combat pour la parité qui conduirait à engager une femme parce qu’elle est une femme et non pas pour son talent ou son mérite. Gare aux bons sentiments qui se transforment vite en terrorisme intellectuel ! J’ajoute que dans les équipes de Radio Classique, l’équilibre homme/femme s’est fait naturellement, harmonieusement, et non à cause d’une loi. S’il existe aussi peu de femmes de pouvoir ou de femmes chef d’orchestre, c’est peut-être que le pouvoir les intéresse moins que les hommes. Ce qui constituerait plutôt une forme de sagesse qu’une injustice insupportable. Allez, Eva, sans rancune, nous avons passé un bon moment avec vous !
Voici son programme :
Samuel Barber – Adagio
Nemanja Radulovic – L’Été (3e mvt)
Kurt Masur – La 7eme de Beethoven
Tchaïkovsky – Concerto pour violon en ré majeur op 35 (2e mvt) Oïstrakh
Bach – La Passion selon Saint-Jean
Madeleines :
Mika – 2eme partie de « Happy Ending »
The Oscar Peterson Trio – Tricotism
Les Misérables – Eponine