Choc évidemment. Rien que pour l’oeuvre. Présentée dans sa sobriété, un dédain absolu du chichi et du décoratif, devenue pure action (et action avec ses brusqueries, son drame ; coupante), formidablement incarnée dans les personnages de Bernanos qui ont inspiré à Poulenc le plus fort et solide de son génie, comment ne pas subir le triple choc ? De la vérité, de la force, et de la grâce ? Ce fut l’événement de la saison lyrique 2013-2014 en France. En vision frontale, le spectateur immobile et pris aura subi le choc plus complètement. La captation, forcément, à la fois rapproche, isole des détails, disperse l’attention ou la dilue. L’éclairage parcimonieux prend des effets blafards. Les quelques défauts de la représentation s’accentuent : les costumes qui neutralisent les personnages ; le miscasting d’une Mme de Croissy incapable de s’exprimer simplement par le texte ; le personnage de Mère Marie, ici sans sa vertu épique, la mise en scène ne montrant que ses raideurs. En réciproque, Mme Lidoine ressort avec un relief accru ; et Constance et Blanche littéralement explosent.
De toute façon, aux mains d’un vrai metteur en scène qui les respecte et les entend à fond (le seul sans doute depuis Raymond Rouleau), ces Dialogues assument pleinement leur statut de chef-d’oeuvre dramatique et lyrique. Critère : la gorge nouée, tant l’action est suivie, et serrée. Y font d’autant plus tache les râles de Mme Plowright. Rhorer et le Philharmonia établissent la tension, le lyrisme aussi, et les soutiennent. Et Petibon, à ses débuts la Constance la plus habitée de grâce depuis Liliane Berton, est devenue la Blanche intégrale, avec la force (qui est dans son nom) et l’effroi, et la voix à fond !
ÉCHAFAUD, LAME DAMNÉE
Radio Classique
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