A chacun sa vérité. Martha Argerich a cessé de jouer solo, Alfred Brendel a mis un terme à sa carrière pour écrire des poèmes et donner des conférences, Radu Lupu ne fait plus de disques, Pollini continuera jusqu’au bout de ses forces… Duchable, lui, ne veut plus jouer pour les publics traditionnels des salles de concert. Cela ne l’amuse plus d’épater le bourgeois et de ravir sa femme. Il veut aller à la rencontre des publics exclus de la manne musicale des grandes villes et devenir un missionnaire du Beau. Tel Don Quichotte, il s’est battu contre les moulins à vent de la carrière, du succès, de la performance. Il en est devenu lui-même un moulin à paroles (quel débit !) Avec un mélange de générosité agressive, d’orgueil blessé et d’esprit de sacrifice, il court la campagne pour trouver un sens à sa vie. A son âge, il a bien gagné le droit de faire ce qu’il veut. D’autant qu’il apporte beaucoup de joie autour de lui. Sa franchise a de quoi réjouir en ces temps de langue de bois. Il agace ses collègues parce qu’il a l’air de cracher dans la soupe, mais s’il n’a pas le triomphe modeste, on ne peut pas lui enlever un courage certain dans la mise en application de ses idées.
Personnellement, je le trouve à la fois touchant et extraordinaire. Il se moque de son image avec un humour décapant et il est animée d’une vraie volonté de changer le monde par ses propres moyens. Il détruit sa statue avec une joie féroce et s’assied à la table des plus humbles dans son habit de roi. L’exercice n’est pas facile, mais la difficulté n’a jamais fait peur à ce virtuose émérite.
Voici son programme de musique française, qui a beaucoup plu par son originalité.
Madeleines
Ferrat : La montagne
Brel : Mathilde
Piaf : Padam
Programme
Chausson : Concert 2e mvt – Mercier/Spivakov
Franck : Symphonie en ré mineur – 1er mvt / Paray
Duparc : Lénore / Plasson
D’Indy : Symphonie cévénole – finale – C. Collard
Debussy : Printemps – Munch
Suppléments le concernant :Beethoven : Concerto n° 3 – Duchable / Nelson & Liszt : Campanella (Duchable)