Décès d’Oralia Dominguez (1925-2013)

La mezzo-soprano mexicaine venait de fêter son 88e anniversaire.

Aurait-elle été la mezzo la plus étonnante d’une époque où Stignani, Cloe Elmo, Simionato ont été autrement connues, et glorieuses ? Oralia Dominguez avait ce qu’aucune autre n’a eu : une voix née mexicaine, avec des éléments dedans, l’abîme, la foudre, l’imprécation, l’extase. Elémentaire quand elle tendait la main sur le chaudron d’Ulrica, quand en Azucena elle maudissait. Quel timbre alors ! Elle a tout fait, Dalila et Carmen, Erda pour Karajan, aussi vraie et violente en Eboli ou Jocaste et drôle, tordante en Isabella puis Quickly (avec Fischer-Dieskau à Londres, Bacquier à Aix). Elle avait été à Mexico Amneris pour l’Aida de Callas. Mais l’or et le cuivre barbares de cette voix, merveille, étaient disciplinés jusqu’au legato et l’intonation suprêmes : qu’on écoute ce violoncelle dans la berceuse d’Arnalta (Glyndebourne, première Poppea du disque), l’unisson à l’octave avec Schwarzkopf dans le Requiem de Verdi signé De Sabata. Ainsi à la fois prophétesse, et orfèvre, c’est unique !