Il fallait voir Wolfgang Sawallisch dans son bureau directorial de Munich, assis sous les portraits de ceux qui l’avaient précédé. Il continuait quelque chose qui est fragile, ne se renouvelle pas, a peut- être fait son temps, mais que rien ne remplacera. Il maintenait. Et il se battait. Sur tous les fronts. Pianiste d’exception, il accompagnait ses chanteurs, ses musiciens, payant de sa personne, sacrifié : c’était souder une équipe. À trente-cinq ans, il étonnait Bayreuth avec un Tristan amer, sobre, adulte ; mais aussi réalisait le glorieux premier Capriccio du disque. Il n’y avait pas dans le monde musical de jeune plus doué, plus prêt. Toute carrière lui était ouverte, s’il voulait une carrière. Mais lui ne voulait que la continuation, œuvre dans laquelle sa propre personne, sa propre performance ne comptaient pas. Il savait tout, a tout dirigé, sauf Salomé et Pelléas, son seul regret. Quand toutes les grandes maisons d’opéra s’affoleront en des mutations sans doute nécessaires, lui se contentera de maintenir Munich à son niveau exemplaire de maison sûre d’elle et de son avenir, où l’opéra est à la fois théâtre et musique, suprêmement. On en oublie qu’il a dirigé les Wiener Symphoniker, la Suisse romande, Philadelphie et, symphoniste exemplaire, fait cinquante disques. Tout, ses forces, son image, allait à la Maison dont il avait la charge, au répertoire qui doit vivre. Il s’est voulu, à l’ancienne, dernier Generalmusikdirektor d’un monde dont la logique voulait que désormais il n’y eût plus de Generalmusikdirektor. Un maître, et un monsieur.
Décès de Wolfgang Sawallisch
Radio Classique
En quelques semaines, l’univers de la musique a perdu plusieurs figures majeures. Avec elles s’estompe encore un peu plus toute une époque, le temps où l’on prenait le temps, où les interprètes s’effaçaient devant la musique.