Une première au disque pour cette superbe Missa defunctorum d’Alessandro Scarlatti. La musique progresse à la manière d’une élégie chorale, large et soutenue, constituée d’un contrepoint souple glissant avec la plus grande douceur. Le Dies Irae gagne en intensité avec la juxtaposition précipitée de brèves formules. L’oeuvre fut jouée à Venise lors des funérailles de Stravinsky à l’église San Giovanni e Paolo, suscitant l’incompréhension de Robert Craft, qui la trouva " sans caractère, ennuyeuse et, en aucune manière, reliée à I. S. " – Stravinsky, Chronicle of a Friendship, 1948-1971. En même temps que le style polyphonique ancien, Scarlatti utilise pourtant un langage harmonique subtil, notamment dans certains passages du Lacrimosa dont les dissonances ne sont pas sans évoquer Gesualdo ; Gesualdo, l’une des dernières passions du vieux Stravinsky… Plus compact, le Salve Regina s’échafaude sur une mélodie en cantus firmus et bénéficie d’un soutien instrumental plus ouvragé. Composé soixante ans après celui – déjà célébrissime- d’Allegri, le Miserere fut exclu du répertoire des chantres de la chapelle Sixtine, probablement en raison de ses nouveautés, aussi bien formelles qu’harmoniques. Le Magnificat réserve,quant à lui, l’écriture la plus flamboyante. Paolo Da Col et son ensemble Odhecaton, en accord avec une captation chaleureuse, donnent substance à cette musique d’une carrure assez stable, creusent à la fois les notes et le verbe de façon à nous dévoiler le message mystique au travers de la savante texture du chant. Bouleversant.
DANS LE COEUR DE LA MUSIQUE SACRÉE
Radio Classique
L’ensemble vocal Odhecaton, sous la houlette de Paolo Da Col, nous emmène dans un voyage mystique d’une grande intensité.