Daniil Trifonov joue les Etudes de Liszt

« Renouveler la musique en la rattachant de façon plus intime à la poésie » (Franz Liszt)

On peut faire confiance au flair de Martha Argerich pour déceler les nouveaux talents. Celle qui démissionna hier du jury du Concours Frédéric Chopin de Varsovie (en 1980) parce qu’il élimina Ivo Pogorelich au deuxième tour ne manque pas d’encenser aujourd’hui Daniil Trifonov : « Ce qu’il fait avec ses mains, techniquement, est incroyable. Son toucher aussi – il a une tendresse mais également l’élément démoniaque. Je n’ai jamais rien entendu de pareil ». A seulement vingt-cinq ans, le pianiste russe signe ici son troisième disque sous étiquette Deutche Grammophon, label pour lequel il enregistre en exclusivité.

Du « démoniaque », il en faut pour interpréter cette musique digitalement acrobatique, mais dans laquelle le grand compositeur hongrois  a voulu y mettre plus que ce que le terme d’étude désignait jusque-là : conçues comme un véritable cycle soudé par la succession des tonalités, les Etudes, délibérément monothématiques, sont dominées par la forme à variations (« Paysage », « Mazeppa », « Vision », « Harmonies du soir »). En anticipant l’impressionnisme (« Paysage »), la polyrythmie (partie centrale de « Wilde Jagd »), en dépassant les limites de l’écriture harmonique et mélodique (« Chasse-neige ») ou en introduisant des procédés inédits avant lui (les trois portées de « Mazeppa »), Liszt trace les voies de la musique de l’avenir en même temps qu’il tire profit au maximum des possibilités de l’instrument.

« Transcendental » : Daniil Trifonov joue Liszt (1 CD Deutsce Grammophon)