Comte-Sponville : Mozart et lui

Comme Eric-Emmanuel Schmitt, André Comte-Sponville aime Mozart et a eu une sorte de révélation avec ce compositeur, façon Claudel à Notre-Dame de Paris. L’auteur de « Mozart et moi » et celui du « Petit Traité des grandes vertus » ont ceci en commun qu’ils touchent un large public tout en étant suspectés d’être d’habiles faiseurs par l’intelligentsia.

André Comte-Sponville a le mérite d’écrire avec clarté. Il est athée, mais confesse par exemple son admiration devant la simplicité des Evangiles. Ses discours sur l’amour, le temps, la morale offrent au lecteur intermittent des visions limpides et d’une belle intelligence, souple, brillante.

Dans son cas, cela va de pair avec une assurance peut-être excessive, qui peut fatiguer l’auditeur. « Il croit qu’il dit la vérité parce qu’il dit ce qu’il pense » a dit quelqu’un…

C’est en tout cas un des rares philosophes qui parle abondamment de musique. Les grands philosophes du passé s’attardent très rarement sur ce qu’ils considèrent la plupart du temps comme un plaisir des sens et rarement un chemin vers la vérité ou la transcendance. André Comte-Sponville semble fasciné par le pouvoir de la musique sur les âmes. Et si jamais sa prose éveillait le même genre de sensation chez le lecteur… Ça vaut peut-être la peine d’essayer… Du coup, grisé par sa faconde, il s’est « modestement » comparé à Beethoven. Emprunter familièrement les voies du sublime comporte des risques.

André Comte-Sponville donne des réponses plus qu’il n’éveille de questionnements. C’est sa limite en tant que philosophe. Mais c’est la raison de son succès car le monde déboussolé lui est reconnaissant d’offrir des constats simples (certes non simplistes) sur des sujets profonds. On se sent intelligent à le lire, mais l’est-on davantage après l’avoir lu ?

André Comte-Sponville comprend la musique intensément, avec force et passion. Sa tirade sur le courage de Mozart, qui « dépasse le stoïcisme par l’amour » était magnifique. Il a aussi l’honnêteté de reconnaître son manque d’accointances avec la musique de Schumann. Un musicien qui parle à l’auditeur en frère, sans jamais le dominer, un musicien du doute plus que de la foi, un musicien instable qui déstabilise ceux qui cherchent à tout rationaliser.

Voici son programme :

Madeleines :
Brel « Sur la place » ou « Le plat pays »
Brassens « la mauvaise réputation » ou « La mauvaise herbe ».

Programme :

- Bach, Sixième suite pour violoncelle seul, premier mouvement (Gastinel) ;
- Mozart, Quatuor en ré mineur, K. 421, le menuet (par exemple par le Quartetto italiano)
- Mozart, Les noces de figaro, la Cavatine de Barberine (Petibon).
- Mozart, la Flûte enchantée, le grand air de la Reine de la Nuit (Natalie Dessay).
- Beethoven, Concerto pour piano n° 5, L’empereur (2e mouvement – Zacharias) 
- Schubert, Quintette en ut, avec deux violoncelles, le mouvement lent (Quatuor Weller)
- Ravel, Concerto pour la main gauche, premier mouvement (au piano, Alicia de Larocha)

« Du corps » de André Comte-Sponville (PUF)