Voici quatre disques, publiés autrefois chez Astrée-Auvidis, réapparus au format numérique au sein d’une " Astrée Digital Edition ", mais qui prennent ici un nouveau relief. Par le regroupement, d’abord, qui met en parallèle musiques savantes et musiques d’inspiration plus populaire, œuvres sacrées et œuvres profanes, émergences du xvie siècle et aboutissement du xviie, mais toutes issues du monde catalan et valencien que Savall défend comme on défend son identité.
C’est bien ce mélange, cet abolissement des frontières de genres, qui fait l’apport de Savall dans ces répertoires. Tout y est donné avec le même soin, le même souci du beau son, bien émis et bien fini, le même sens du sacré dans l’acte de faire de la musique. Et de même que Savall et ses équipes font surgir quelque chose de mystérieux dans les aimables Ensaladas, il sait aussi redonner un tonus dont l’origine provient manifestement de la fréquentation des musiques plus traditionnelles aux Messes de Cererols : il suffit de comparer ce qu’il fit de sa Messe des Morts avec la tentative d’un Erik Van Nevel (Accent), pourtant aguerri dans ce répertoire. Quand ce dernier nous décrit un beau tableau, Savall en fait revivre les figures et les motifs devant nous.Cette réédition s’accompagne aussi d’un luxe de présentation qui est la marque d’AliaVox : le livret, en six langues, est ainsi largement plus épais que la tranche des quatre CD réunis… Si l’iconographie y est moins riche que dans les volumes nouvellement publiés, on y trouvera commentaires, textes chantés et traduits, dans une abondance désormais rare, et faisant écho à la générosité avec laquelle Savall nous donne à savourer la musique.
Jordi Savall
(direction)
CHOC
El Cançoner del Duc de Calàbria. Fletxa : Ensaladas. Càrceres : Villancicos, Ensaladas. Cererols : Missa Pro Defunctis. Missa da Batalla
La Capella Reial de Catalunya.
Hespèrion XXAliaVox 3 CD AVSA9897 (Naïve). 1987-1995. 4 h 16′ Rééditions
Coffret Jordi Savall chez Aliavox
Radio Classique
Jordi Savall poursuit son travail de résurrection des disques qu’il avait enregistrés pour d’autres labels avant de fonder le sien, AliaVox, en 1998.