Elle est sensible, passionnée, intègre, précise, savante, courageuse, obstinée et drôle. Une femme comme je les aime. Elle se fiche de son apparence, elle est toujours prête à rendre service, elle dit ce qu’elle pense. Une femme que j’admire. Elle vient d’écrire un volumineux ouvrage sur Bela Bartok, intelligent, humain, foisonnant, l’oeuvre d’une vie. Pour l’écrire, elle a dépensé plus d’argent que ce livre capital ne lui en rapportera jamais. Peu lui en chaut. L’argent et la notoriété ne la concernent pas.
J’ai connu Claire Delamarche lorsqu’elle dirigeait la rubrique disques au Monde de la Musique. Elle était déjà une brute de travail, mais aimait rire, manger, boire, et surtout voir des vieux films au cinéma. Ses collègues qui ne lui arrivaient pas à la cheville la considéraient avec condescendance. Ils la prenaient pour une plouc. Ce milieu parisien, prétentieux, méprisant et fat lui a vite tapé sur les nerfs. Elle est donc partie à Lyon où une place de bibliothécaire se libérait à l’Orchestre national alors dirigé par Emmanuel Krivine qui pestait contre « son caractère de cochon », mais respectait ses compétences. Elle n’avait déjà pas sa langue dans sa poche.
A cette époque, j’habitais Angers et je venais chaque mois chercher les deux ou trois disques insignifiants et dont personne ne voulait que son prédécesseur me donnait généreusement à chroniquer. Quelquefois, je venais même pour rien et le billet de train était pour ma pomme. Quand Claire a pris ses fonctions au journal, elle m’a donné beaucoup plus de disques, parce qu’elle aimait ce que j’écrivais, et elle me les envoyait pour m’éviter une dépense inutile, ce que personne n’avait songé faire auparavant. Nous sommes devenus amis, malgré les persiflages à peine voilés de la rédaction qui se moquait de la musicologue lorraine entichée du pigiste angevin. Quand je venais à Paris, nous déjeunions ensemble au libanais du coin et nous allions voir un Capra ou un Lubitsch à l’Action Christine. Nous ne nous sommes jamais perdus de vue. Maintenant que j’ai pris quelques galons dans la profession, je suis heureux d’avoir pu rendre hommage à son talent lors de cette émission en direct de l’auditorium de Lyon et en public. Et quel public ! nombreux, chaleureux, amical et merveilleusement attentif.
Voici son programme :
• Marie Laforêt : Ivan, Boris et moi – plage 2 (2’17)
20 titres originaux, CBS, collection « Bravo »
• Boris Vian chante Boris Vian : La Java des bombes atomiques – plage 3 (2’40)
Polygram
• Sándor Déki Lakatos et son orchestre tsigane, Rákóczi Csárdás : Danse du bâton – plage 2 (5’10)
CD hongrois pas disponible dans le commerce – je viens avec.
• Béla Bartók : Images hongroises, n° 3 (Mélodie) – plage 12 (2’00)
Chicago Symphony Orchestra, Fritz Reiner (direction) – RCA, 1958
• Thierry Escaich, Concerto pour violon (début) – plage 5 (à shunter)
Orchestre national de Lyon, David Grimal (violon), Christian Arming (direction) – Accord/Universal, 2011
• Giuseppe Verdi, Simon Boccanegra – finale de l’acte I « Plebe, patrizi ! »
Piero Cappuccilli (Simon), Mirella Freni (Amelia), Nikolaï Ghiaurov (Fiesco), José Carreras (Gabriele), Chœur et Orchestre de la Scala de Milan, Claudio Abbado (direction) – Deutsche Grammophon, 1977.
• Francis Poulenc, Concerto pour orgue, orchestre à cordes et timbales – plage 1, à partir de 11’25 (à shunter)
Vincent Warnier (orgue de Saint-Etienne-du-Mont, Paris), Les Siècles, François-Xavier Roth (direction)