Ciro in Babilonia n’avait jamais été donné à Pesaro. Premier des opéras serias du jeune Gioacchino, alors âgé de 20 ans, cette fresque biblique créée à Ferrare en 1812 n’est pas encore tout à fait à la hauteur des chefs-d’œuvre seri que sont Tancredi ou surtout Semiramide. Mais la maîtrise du jeune compositeur est déjà impressionnante, à la fois dans les ensembles et dans les airs pour les solistes. Pour cette première, trois cents ans plus tard, le Rossini Opera Festival a fait appel à une production venue du festival de Caramoor, au Nord de New-York, dirigé par Will Crutchfield. Davide Livermore a conçu une mise en abîme avec des personnages du début XXe qui observent, comme au cinéma muet noir et blanc, des Babyloniens sur l’écran… et en chair et en os. Les images sont saisissantes, en particulier grâce aux vidéos, aux maquillages et aux costumes, distingués par le prix Abbiati de la critique musicale. L’événement marque les débuts d’Ewa Podles au Teatro Rossini. Dans le rôle-titre, son timbre, extraordinaire au sens propre du terme fait merveille. Le Comunale de Bologne est évidemment là, avec ses forces (les chœurs). Tous les autres rôles donnent un spectacle exceptionnel, à voir absolument.
Depuis 1996, le Rossini Opera Festival a aussi réussi à sortir de l’oubli Matilde di Shabran, opéra semiserio composé par Rossini en 1821 juste avant son départ pour Londres et Paris. Créée en 2004, la nouvelle production confiée à Mario Martone a été reprise à Covent Garden en 2008 puis à nouveau à Pesaro pour l’édition 2012. Le livret de Ferretti, repose sur la conquête par la belle Matilde du très dur et très ridicule Corradino " cuor di ferro ". La version napolitaine confie un rôle de premier plan au poète Isidoro, alter ego de Prosdoscimo du Turco in Italia. Mario Martone conduit ses artistes avec précision dans un décor unique, efficace à défaut d’être beau. Point commun à toutes ces productions depuis 17 ans, Juan Diego Flórez a fait de Corradino un rôle à sa mesure. Olga Peretyatko est éclatante de classe (quelle robe rouge !). Le reste de la distribution est de haut niveau, Michele Mariotti confirmant qu’il est un des tout meilleurs chefs belcantistes actuels. Ce premier DVD de l’œuvre, déjà publiée en CD, sera difficile à dépasser.
Gioacchino Rossini (1792-1868)
Ciro in Babilonia
Ewa Podles (Ciro), Michael Spyres (Baldassare), Jessica Pratt (Amira), Carmen Romeu (Argene), Mirco Palazzi (Zambri), Robert McPherson (Arbace), Raffaele Costantini (Daniello), Orchestre et chœurs du Teatro comunale de Bologne, dir. Will Crutchfield, mise en scène Davide Livermore, Nicolas Bovey (lumières et décors), Daniele Biggiero (vidéos), Gianluca Falaschi (costumes)
Opus Arte DVD OA1108D (Distrart). 2012. 2 h 45′
Matilde di Shabran
Olga Peretyatko (Matilde), Juan Diego Flórez (Corradino), Paolo Bordogna (Isidoro), Anna Goryachova (Edoardo), Nicola Alaimo (Aliprando), Chiara Chialli (Contessa d’Arco), Simon Orfila (Ginardo), Marco Filippo Romano (Raimondo), Ugo Rosati (Rodrigo), Chœurs et Orchestre du Teatro comunale de Bologne, dir. Michele Mariotti, mise en scène Mario Martone, Sergio Tramonti (décors), Ursula Patzak (costumes)
Decca 2 DVD 0743813 (Universal). 2012. 3 h 40′
Ciro in Babilonia et Matilde di Shabran de Rossini
Radio Classique
Grâce aux efforts du Rossini Opera Festival de Pesaro, deux opéras oubliés de Gioacchino Rossini sont de retour en DVD.