Christian Thielemann à Dresde

Christian Thielemann est le nouveau chef de la prestigieuse Staatskapelle de Dresde depuis 2012. Les premiers fruits de cette collaboration cueillis dans le grand répertoire allemand, mais aussi dans la redécouverte d’œuvres rares augurent une moisson de belles réussites.

Christian Thielemann, nouvellement en char­ge de la légendaire formation de Dres­de, se présente à nous avec deux publications. La première remet à l’honneur quel­ques pages aujourd’hui oubliées, alors qu’elles firent la gloire de cet orchestre dans les années 1920. L’approche de ce chef d’orchestre se caractérise par l’importance accordée à l’expression, avec un sens aigu des contrastes. Il ne néglige pas pour autant la richesse et la couleur du timbre orchestral, con­férant aux ornements décoratifs le relief voulu, insufflant aux cordes un lyrisme chaleureux et tirant des cuivres de solaires apothéoses. Aussi excelle-t-il dans le répertoire postromantique auquel se rattachent ces trois raretés. Il assume totalement l’expressionnisme implicite du Nocturne qui révèle un Busoni sous son angle le plus novateur, dans les méandres d’une rumination crépusculaires et faustienne. À l’opposé de ces rigueurs, il montre une sensualité débridée dans les effusions de la Suite romantique : se refusant à presser le tempo, pour exploiter toute la richesse de couleur de son orchestre, suggérer les sortilèges nocturnes, qu’inspirent ces pages à la fois romantiques et d’un impressionnisme raffiné.
Mais le plat de résistance est le Concerto de Hans Pfitzner. Thielemann et Barto parviennent à réconcilier les déconcertantes contradictions d’une œuvre qui reflète le désarroi des années 1920. Festive et pompeuse, méditative et introvertie, conservatrice et d’une insolite modernité, cette page monumentale cons­titue un manifeste flamboyant et agressif de la germanité de l’auteur et de ses humeurs à la fois chagrines et fantasques. Barto en livre une vision à la fois lyrique, large, généreuse et analytique, d’une précision excellant à démêler les fils d’une polyphonie intriquée dans la plus pure tradition de Bach et du dernier Beethoven. Cette approche solaire permet enfin d’apprécier ce maître-ouvrage dans toute sa plénitude, auquel jusqu’ici des interprétations un peu ternes conféraient une sécheresse trompeuse, à la Saint-Saëns : une révélation !
À cela s’ajoute un superbe programme enregistré en DVD pour le premier concert que Thielemann dirigea le 1er septembre 2012 en tant que chef principal de la Staatskapelle ! Les cinq lieder de Wolf orchestrés par le compositeur ainsi que par Joseph Marx et Günther Raphael ouvrent le con­cert. Thielemann souligne les influences de Strauss, mais surtout le caractère propre de chaque lied, sorte de miniature symphonique. Renée Fleming joue de son étonnante présence, transmettant avec émotion la clarté des expressions. En 2006, Thielemann enregistrait passablement la Septième de Bruckner avec le Philharmonique de Munich. Mais ici, la profondeur des pupitres, le grain de l’orchestre font rêver. Thielemann profite de solistes géniaux qu’il dirige avec une souplesse et une aisance qu’on ne lui a pas con­nues à Munich. L’Adagio est exceptionnel de calme et d’intensité, les con­trastes du Scher­zo, raffinés jusque dans le moindre rubato. Le chef porte le son de l’orchestre, le plus beau et le plus typé d’Allemagne avec le RSO de Bavière. Bien que la captation soit passable, ce con­cert demeure magistral.
Hans Pfitzner (1869-1949)
Concerto pour piano et orchestre op. 31*.+ Busoni : Nocturne symphonique op. 43. Reger : Suite romantique op. 125
Tzimon Barto (piano)*, Staatskapelle de Dresde, dir. Christian Thielemann
Profil 2 CD PH12016 (Rue Stendhal). 2011. 1 h 21′
Nouveauté
Anton Bruckner (1824-1896)
Symphonie n° 7.+ Hugo Wolf : 5 Lieder. + R. Strauss :Befreit op. 39 n° 4
Renée Fleming (soprano), Staatskapelle de Dresde, dir. Christian Thielemann
Opus Arte OA1115D (Distrart). 2012. 1 h 46′
Son §§§ Image §§§