Chostakovitch par Gergiev

Valéry Gergiev réussit une bouleversante « Huitième » de Chostakovitch, symphonie aux accents de révolte, de déception et de souffrances au temps de l’Union soviétique.

Nouvelle étape importante dans l’intégrale des Symphonies de Chostako­vitch par Valery Gergiev et son orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Péter­sbourg. Cette Huitième Symphonie se situe en effet au sommet de la discographie de l’œuvre et, au sein du ­cycle en cours, rejoint les réussites exceptionnelles des Symphonies nos 1, 11 et 15. Elle rattrape en outre le ratage récent de la " Leningrad "… La Huitième, dans laquelle Sviatoslav Richter voyait " l’œuvre majeure " de Chostakovitch, est l’une des plus ­exigeantes qui soient. Elle reprend la forme de la ­Cinquième, mais avec deux scherzos centraux au lieu d’un. Elle en copie également le dessein général du premier mouvement, mais le sentiment de douleur y est plus tragique encore. La symphonie fut composée en 1943, époque où Chostako­vitch était, à l’instar de Maria Tsviétaïeva, " condamné à écrire comme un loup l’est à hurler ". Gergiev fait corps avec cette épopée de la souffrance dont il habite chaque note. Pas une baisse de tension, pas un moment faible dans cette interpré­tation d’une noirceur, d’une intensité et d’une profondeur simplement bouleversantes. La prise de son en tout point exceptionnelle ne fait qu’ajouter à la grandeur de cette version, à la ­violence de ses dynamiques, à la véhémence des chocs harmoniques, à la beauté tragique et glacée des adagios. Le Finale, qui s’achève sur un pianissimo, conclut avec des points de suspension ce drame dostoïevskien. Notre " Écoute en aveugle " du n° 126 avait distingué les versions ­Haitink (Decca) et Kondrachine (Melodiya). Celle de Gergiev les rejoint ­désormais.
Dimitri Chostakovitch (1906-1975)
Symphonie n° 8
Mariinsky Orchestra, dir. Valery Gergiev
Mariinsky MAR0525 (Harmonia Mundi). 2013. 66′
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