Pourquoi une suite à un premier " Tragédiennes " ?
À notre grande surprise, le premier a été reçu avec enthousiasme, alors qu’au départ nous n’espérions pas réaliser un second volume sur ce thème… et voilà ! J’étais déjà très heureuse de réaliser le premier, car pour moi c’était une façon de clore ma participation très active à la musique baroque française. J’en ai chanté beaucoup, et puis j’ai souhaité proposer à ma voix d’autres répertoires. D’ailleurs, on me sollicite beaucoup moins, sauf pour certaines occasions, et on trouve aujourd’hui une jeune génération de chanteuses très bien formées pour cette musique. J’ai autre chose à faire désormais – même si j’adore toujours le baroque.
Comment avez-vous conçu le programme ?
Le volume 1 allait de Lully à Gluck. Donc, pour ce second album, pourquoi ne pas partir de Gluck pour atteindre Berlioz et le romantisme ? Au début, cela m’a paru insensé d’enregistrer Berlioz avec Les Talens lyriques, un ensemble jusque-là réservé au baroque, mais nous avions tous très envie de nous frotter à ce répertoire. La seconde idée a été de chercher des œuvres inconnues. Christophe Rousset adore fureter dans les bibliothèques, contrairement à moi, qui répugne à ce genre de tâche. En réalité, je souhaitais, comme pour le volume 1, enregistrer des airs connus du plus grand nombre et que j’avais déjà chantés en concert, ce qui est primordial pour un disque. Mais Christophe m’a convaincu du contraire, il voulait des œuvres nouvelles au motif qu’on rabâche trop souvent les mêmes… Il y avait des airs qu’il entendait jusque-là uniquement dans sa tête et qu’il désirait ardemment enregistrer avec moi. Nous avons lu beaucoup de partitions et nous avons dû faire un choix drastique parmi tant de merveilles.
Le sens de la déclamation revêt-il un aspect particulier sous ce thème des " Tragédiennes " ?
C’est un parti pris : soit on privilégie la voix et on chante ce qu’on peut, au risque de faire des voyelles rondes, ce qui peut paraître beau et qui est plus confortable pour la voix. Soit on vient du courant baroque, et on se soucie du texte, de la déclamation – bref, de l’intelligibilité -, ce qui est essentiel. Idem lorsque j’interprète la mélodie française. Il faut comprendre ces textes magnifiques, sinon c’est raté.
Vous appréciez Gluck, dont vous reprenez des airs d’Alceste et d’Orphée et Eurydice ?
Je sais qu’il a mauvaise réputation et qu’il paraît même trop austère à certains, mais franchement, c’est faux ; c’est une musique d’une telle profondeur… C’est un intermédiaire idéal entre le baroque et Mozart, et je m’y sens bien. En ce moment, ma voix y est idéale. En plus, une large partie de ma prochaine saison lui est consacrée, avec notamment Iphigénie en Aulide et Alceste. Christophe est d’une telle finesse dans ce répertoire que je suis enchantée de me retrouver avec lui en décembre prochain, à La Monnaie de Bruxelles, dans les deux Iphigénie (en Aulide et en Tauride) mises en scène par Pierre Audi, où je serai Iphigénie en Aulide.
Chanteuse et tragédienne
Radio Classique
Véronique Gens et l'orchestre Les Talens Lyriques publient un second album consacré aux tragédiennes de l'opéra français.