Au moment de mettre en place le générique de son Clan des Siciliens (1969), Henri Verneuil savait que chacun des trois acteurs (Jean Gabin, Lino Ventura, Alain Delon) pouvait exiger d’apparaître au-dessus des autres. Sur quel(s) critère(s) trancher ? Il fit part de son désarroi à Delon et Ventura qui, magnanimes bien qu’au fait de leur notoriété, laissèrent au « Vieux » le haut de l’affiche. Un bel exemple de fair-play, même s’il est permis de douter qu’il soit coutumier au monde réputé sans merci du septième art… Celui du lyrique serait toutefois mal venu de lui faire la leçon, tant la bonne entente qui devrait régner entre les différents corps de métiers nécessaires au bon déroulement du spectacle se mue trop souvent en conflit des égos.
Dernier exemple en date, la colère de Piotr Beczala sur sa page Facebook contre les affiches d’opéra : selon lui, elles ne mettent pas assez en valeur la distribution vocale en attribuant la part du lion au metteur en scène. Et le ténor polonais de s’insurger : « y-a-t-il une limite à l’absurde ? (…) à l’opéra, l’élément le plus important est le chanteur ». Les ténors ne sont certes pas réputés pour leur modestie, mais face à la mainmise souvent étouffante de certains metteurs en scène, cette réaction paraîtra légitime à tout amateur d’art lyrique.
On se souvient que le même reproche fut adressé aux chefs d’orchestre, notamment à Herbert von Karajan dont le nom apparaissait en plus gros caractères que celui du compositeur qu’il dirigeait. Quand les impératifs économiques bouleversent la hiérarchie artistique…