Considéré selon le magazine Forbes comme l’afro-américain le plus riche des Etats-Unis, le philanthrope Robert F. Smith, déjà membre de l’équipe dirigeante, vient d’être propulsé à la tête du Carnegie Hall de New York. Le label Sony publie de son côté un luxueux coffret reprenant quelques concerts (forcément) fameux ; l’occasion de revenir sur cet endroit mythique, situé à l’angle des Septième Avenue et 57e Rue, au cœur de Manhattan.
C’est Andrew Carnegie (1835-1919), magnat de l’acier, qui est à l’origine de l’idée et du financement de la salle en 1890. L’emplacement excentré – à l’époque, le quartier semblait bien éloigné du centre -, à l’instar de notre Philharmonie de Paris, suscita sinon la méfiance, du moins l’étonnement. Mais le riche industriel sut rallier les plus sceptiques à sa cause : Piotr Llitch Tchaïkovski, sans doute le compositeur le plus célèbre de l’époque, fut invité à participer au festival de musique inaugural en 1891. Les concerts eurent lieu à guichet fermé. A peine une dizaine d’années après, l’aura des lieux fut telle qu’il devint aussi essentiel d’y jouer que dans n’importe quel théâtre de la vieille Europe. Les débuts américains du violoniste Jascha Heifetz en 1917 scella le mariage des grands interprètes avec Carnegie Hall. Si la façade, façon néo-renaissance italienne, ne sera pas du goût de tout le monde, l’acoustique, elle, rallie tous les suffrages.
Les grands noms que compte la musique du XXe siècle – tous genres confondus – s’y sont produits. Bob Dylan et les Beatles, Judy Garland et les Beach Boys ont partagé l’affiche avec le gratin des orchestres (le Philharmonique de New York y sera longtemps en résidence) et des musiciens classiques. D’Ignace Paderewski à Evgeny Kissin, en passant par Sviatoslav Richter, Arthur Rubinstein, ou l’iconoclaste Glenn Gould, le récital pour piano demeure le genre roi. S’il fallait ne retenir qu’un artiste, le russe Vladimir Horowitz, qui mit aussitôt le public à genoux grâce à ses octaves foudroyantes et ses programmes réservant leurs lots de friandises (nombreuses transcriptions), serait sans doute le premier qui viendrait à l’esprit. Mais n’oublions pas les chefs d’orchestre (Arturo Toscanini, Bruno Walter, Leonard Bernstein) et les divas (Shirley Verrett, Leontyne Price). Un héritage glorieux que le nouveau directeur aura certainement à cœur de perpétuer.