Britannicus résonne avec modernité à la Comédie Française

Voilà plus de 10 ans que les vers de Britannicus n’avaient pas résonné dans l’enceinte du Français, quel plaisir de réentendre à nouveau cette tragédie politique de Racine dont la modernité et l’excellence sont mises en exergue par le metteur en scène Stéphane Braunschweig, actuel directeur du Théâtre de l’Odéon.

Britannicus fait partie de ces pièces cultes qui nous font pénétrer dans les arcanes sombres du pouvoir et nous font vivre les luttes intestines pour la conquête du trône. House of Cards ou Game of Thrones n’ont rien inventé ! Il était assez évident pour Stéphane Braunschweig de transposer Britannicus, écrit en 1669, dans un décor contemporain rappelant une salle de conseil des ministres…  Racine s’intéresse surtout à la psychologie de ses personnages, aux tortures intérieures décuplées par les jeux de pouvoir et les rapports de force. Pourquoi et comment Néron qui régna en bon prince pendant deux ans va-t-il progressivement se transformer en tyran ? Voilà la véritable intrigue psychologique de Britannicus. « Les personnages de Racine sont rarement tout blancs ou tout noirs, victimes ou bourreaux : il y a souvent en eux beaucoup d’ambiguïté », nous dit Stéphane Braunschweig. Et c’est absolument vrai. Bien que criminel, fratricide et bientôt matricide, Néron nous est présenté comme un pauvre enfant malaimé et rejeté par sa mère Agrippine. Agrippine quant à elle, femme de manigances et de pouvoir, est aussi une grande visionnaire que sa condition de femme ne lui permet pas de faire valoir auprès de cette société patriarcale et misogyne. Néron ne se prive pas de le lui rappeler : « Rome veut un maître et non une maîtresse. »

Chaque personnage est pris dans un drame psychologique qui lui est propre et qui aura des conséquences terribles par la suite dans la gestion de l’état. Il y a quelque chose de shakespearien dans ce Britannicus. Le tyran est bien plus un enfant meurtri, influençable et désarçonné qu’un sadique assoiffé de sang dès sa naissance.

C’est avec une incroyable éloquence et subtilité que Dominique Blanc et Laurent Stocker incarnent ces deux monstres que sont Néron et Agrippine. Leur jeu rend parfaitement compte de la confusion entre vie privée et vie publique qui s’opère en eux. Dominique Blanc est magistrale, époustouflante de justesse, parfaitement à l’aise avec le verbe racinien. Laurent Stocker nous joue un Néron tour à tour chétif, mal-à-l’aise, influençable, lâche et brutal. Il y a aussi Burrhus interprété par Hervé Pierre, absolument exceptionnel en conseiller modèle sonné par la tyrannie naissante de son maître. Les autres personnages sont cependant plus lisses, moins étonnants. On regrettera parfois un manque de prise de risque dans le jeu, quelques éclatées folles qui auraient permis de faire retentir les vers dans toute leur puissance.

Mais la beauté est là, et le frisson nous traverse quand Agrippine déclame à son fils sa dernière tirade prophétique :  

« Et ton nom paraîtra, dans la race future

Aux plus cruels tyrans une cruelle injure. »

Britannicus de Racine dans une mise en scène de Stéphane Braunschweig

A la Comédie Française

Du 7 mai 2016 au 23 juillet 2016

Réseration. 01 44 58 15 15 http://www.comedie-francaise.fr/spectacle-comedie-francaise.php?spid=1484&id=516