BRAHMS RÉGIME SAVEURS

Cette intégrale de la musique pour piano seul de Brahms par Geoffroy Couteau est l'une des grandes réalisations pianistiques de l'année.

On ne peut qu’admirer la volonté d’un artiste – et l’engagement du label – qui a consacré tant d’énergie à la réalisation d’un projet aussi ambitieux : enregistrer tout Brahms! Ce compositeur qui vidait les salles de concert parisiennes après guerre…
Geoffroy Couteau a choisi l’ordre chronologique qui fonctionne remarquablement bien tant l’écriture de Brahms évolue au fil des ans. De manière étonnante, le toucher, la respiration de l’interprète suivent ce processus qui nous porte des influences combinées de Beethoven et Schumann vers une écriture de plus en plus épurée (quant à la quantité de notes !), mais dense sur le plan polyphonique. Les caractères des Variations, des Klavierstücke, des Sonates (autant de titres déconnectés de tout élément littéraire contrairement au modèle schumannien) sont puissamment différenciés.
L’écoute prolongée laissait craindre une forme de monotonie. C’est tout l’inverse qui se produit, une sorte de libération d’un art du piano qui voit loin et apprécie, à l’instar de grands crus, la caudalie de chaque pièce.
Le piano, un magnifique Steinway charpenté et racé, s’épanouit dans un espace naturel. Que l’expression soit tourmentée ou bien recueillie, rien, dans cette somme n’apparaît forcé ou empreint de maniérisme. Le sentiment d’évidence ne se produit généralement qu’en concert et si rarement dans une intégrale (la dernière en date fut celle de Julius Katchen). C’est l’esprit de la confession qui prévaut ici (le cheminement d’une vie jusqu’à la résignation), mais à une échelle telle que nous redécouvrons, à la fin de l’écoute, la valeur humaine et musicale de cette musique. À l’évidence, elle clôt le romantisme tout en se révélant étonnamment prémonitoire sur le plan harmonique. Voilà l’une des grandes réalisations pianistiques de l’année.

Retrouvez l’interview de Goeffroy Couteau dans Classica, n°181