Un jour, Michel Boujenah a entendu un morceau qui lui a beaucoup plu sur notre antenne, mais il avait mal entendu le titre. Il a alors appelé les studios pour en savoir plus. Mitsou Carré lui a répondu et s’est même proposé de lui enregistrer toute l’émission. Dès que j’ai su que l’homme des Trois Couffins aimait la musique, je l’ai aussitôt invité. Il a fallu du temps pour trouver une date. « Je vous préviens, je veux la Passion selon Saint-Matthieu » a-t-il posé comme condition non négociable. Le jour du direct, il est arrivé l’air un peu maussade. Il venait de perdre au tournoi du Rolland Garros des VIP contre un jeune animateur de télévision.
La défaite semblait suffisamment sévère pour qu’il n’en conteste pas la validité. Il a préféré se draper dans une attitude fataliste et absente, tout en rappelant que l’honneur était sauf : « J’ai quand même arraché un jeu ! » Comme il cherchait une batterie pour recharger son i-pod, je l’ai conduit à la rédaction. Sourire ravi des journalistes, heureux d’une diversion. L’un d’eux a amicalement prêté la batterie recherchée. Puis notre Michel s’est installé tranquillement devant un téléviseur, qui diffusait un match en direct en le commentant d’un ton expert. « Moi, si tu venais chez moi, je t’offrirais un café » m’a-t-il lâché mollement. Eclats de rire. Il semblait tellement à l’aise que j’en avais oublié qu’il était notre invité. Une tasse de café plus tard, il était temps d’entrer en studio. Je craignais un peu que sa défaite ne l’ai rendu grognon et qu’il ne prenne pas la peine de renvoyer la balle à mes questions. Au lieu de cela, on s’est installé au fond sur le court et ce fut l’une des parties de tchatche les plus mémorables depuis la création de l’émission. A la manière d’un Fabrice Luchini, sincère et cabot, Michel Boujenah vous force à changer les règles du jeu, mais il se donne avec une générosité incroyable. A 19 h 10, nous en étions encore aux « madeleines ». Je l’ai laissé parlé parce qu’il était tout simplement magnifique. Pendant les morceaux de musique, il continuait à parler. Pour un peu, j’aurais demandé à Yann de laisser le micro ouvert. La réaction des premiers auditeurs, conquis par sa verve intarissable, m’a permis de vérifier que j’avais fait le bon choix.
Voici son programme :
Michel Boujenah
Bohème : air de Musette « Quando… »
Madeleines
Ne me quitte pas (Brel)
Bibop a lula (Elvis)
Passion selon St Matthieu (Chœur final)
Programme
Clair de Lune de Debussy
Delerue : Le mépris
Bach : Suite de Bach par Rostropovitch
Ennio Morricone : Il était une fois la révolution (thème célèbre)
Don Giovanni : Air du Catalogue
Abd Al Malik : Les autres
Raoul Journo : Taalilat Laroussa