Kristian Bezuidenhout achève ainsi son intégrale de la musique pour piano de Mozart, guidé, depuis le premier volume, par un même souci de diversité. À la chronologie, l’artiste a en effet préféré le mélange des genres et des époques. Le présent double CD réunit ainsi les sonates ultimes K 545 (1788) et K 576 (1789) avec des cycles de variations antérieurs (« Dieu d’amour » de Grétry K.353) et quelques pièces isolées, parfois fragmentaires, complétées par Robert Levin. Fidèle à son pianoforte inspiré par un Anton Walter & Sohn Kristian Bezuidenhout rappelle quelle complicité il entretient désormais avec la musique de Mozart qu’il semble improviser.
La célèbre sonate dite « facile », K.545, qui ouvre le programme en témoigne. La fluidité du phrasé, conduit par une main gauche motrice, régulière mais jamais mécanique, l’ornementation discrète des reprises, la subtile gradation des nuances, les changements de lumière font redécouvrir un Allegro initial qu’on a entendu si souvent sans relief parce que didactique.
Et, dans l’Andante, l’artiste profite des possibilités infinies de son pianoforte pour mettre à jour les abîmes que dissimule si habilement Mozart derrière un style d’apparence galante, soutenu par l’inévitable basse d’Alberti.
Du style ancien, majestueux, appris chez Haendel (Suite K.399 et son ouverture à la française) à l’humour lapidaire de pages brèves (Gigue en sol K.574, Petite Marche funèbre K.453a) en passant par le nécessaire arc-en-ciel des variations, Kristian Bezuidenhout évolue dans cette musique avec une rare aisance et une grâce singulière. Il parle couramment le Mozart, au point d’en révéler les non-dits et les doubles sens. Son intégrale est désormais celle avec laquelle il faudra aborder cette musique.
BEZUIDENHOUT, CONFIDENT PRIVILÉGIÉ DE MOZART
Radio Classique