Centre de tous les intérêts, le fameux Parsifal coproduit avec l’Opéra de Lyon tient vocalement toutes ses promesses : sa distribution prestigieuse sera sans doute inégalé en cette année Wagner. Impossible de faire mieux, le quatuor masculin est quasiment digne des années d’or de Bayreuth. Viril et sobre, Jonas Kaufmann comble l’attente générale, incarnation ô combien idéale de toutes les facettes du personnage devenu méconnaissable, émacié et ravagé au dernier acte. On est médusé par son contrôle des intonations, des couleurs, des nuan- ces, osant le murmure dans une salle aussi grande.
Même souci de retenue et refus d’emphase chez René Pape (ci-contre, avec Kaufmann), Gurnemanz jeune et clair, un peu monolithique dans son parti pris de détailler son récit comme un lied. Émotion et intensité dramatique sont délivrées par Peter Mattei, Amfortas déchirant et grandiose. Klingsor enragé et puissant, Evgeny Nikitin impressionne. À l’aise dans toute la tessiture, Katarina Dalayman est une Kundry maternelle et expressive. On apprécie aussi les moyens de vraie mezzo de Michaela Martens, sa vaillante remplaçante d’un soir. Succédant à Daniele Gatti à la tête d’un orchestre et de chœurs splendides, Asher Fisch offre une lecture allégée, sans pathos, lente mais contrastée. Un parti pris en totale cohérence avec la production humaniste, dénuée de rituel pseudo-chrétien, de François Girard. Décor et projections cosmiques, symbolique sexuelle omniprésente qu’on peut ignorer permettent un consensus idéal pour New York (5 et 8/03).
Parmi les sept Verdi affichés cette saison, l’efficace Don Carlo de Nicholas Hytner pâtit de la baguette d’un Lorin Maazel peu concerné par les chanteurs (Hvorostovski solide, Furlanetto immuable, Vargas en petite forme, Frittoli en mal d’aigu), d’où un manque de tension et des décalages (6/03). Élégant, nerveux, Alain Altinoglu rend Otello bien plus convaincant. Très inégal, José Cura a le mérite de l’idiomatisme, Krassimira Stoyanova est somptueuse et le Iago-Janus de Thomas Hampson un modèle de subtilité et d’intelligence (11/03).
Le retour de la Francesca da Rimini de Zandonai dans la production historique de Piero Faggioni, vieille de trente ans (9/03), est une déception. Luxueux vestige d’une époque révolue, le spectacle tient la route en harmonie avec l’univers de D’Annunzio, mais les décors spectaculaires d’Ezio Frigerio nécessitent trois entractes plombant la soirée. Pire, Marcello Giordani, sans charisme et poussif, et la direction brutale et lourde de Marco Armiliato laissent Eva-Maria Westbroek bien seule !
Au « Met » de New York
Radio Classique
New York grand luxe.