Promue première dame à Matignon, Anne Gravoin a reçu près de soixante-dix demandes d’interviews. Mais c’est Passion Classique qu’elle a choisi pour parler exclusivement de ce qui la passionne sans passer par la case people : la musique.
Elle s’y exprime avec simplicité et naturel. Sans jouer un rôle. Sans se monter du col ; elle a assez à faire avec la corde de sol. Les auditeurs de longue date se souviennent peut-être que Manuel Valls avait été l’un des rares invités politiques à venir dans ce qui s’appelait alors « Musique de Star » et qui avait lieu le vendredi matin. On avait pu sentir chez lui un goût sincère pour la musique.
Dans un paysage musical souvent trop divisé, sectorisé, Anne Gravoin réussit à emprunter des routes transversales sans se soucier du qu’en-dira-t-on. Le violon est un instrument très difficile, d’essence aristocratique, mais c’est aussi le compagnon des violoneux de villages, des juifs fuyant les pogroms, des tsiganes farouches, du Chevalier de Saint-Georges – le « Nègre des Lumières » né de mère esclave, de Fritz Kreisler « parlant » à des amis, d’Adolph Busch fuyant la tyrannie nazie, d’Ivry Gitlis marchant sous les étoiles du monde « les poings dans ses poches crevées ». Bref, une sorte de symbole de la liberté. Quelle drôle d’idée de lui avoir accolé une image de prison dans le jargon policier. Mais c’est peut-être parce qu’on y fait de drôles de rencontres et qu’on y vit des aventures singulières. Après tout, Jean-Sébastien Bach aussi a tâté la paille du cachot. Cette heure passée avec Anne Gravoin avait un goût d’évasion.
Voici son programme :
– Strauss : Métamorphoses pour 23 cordes
– Schubert : Quintette à 2 violoncelles
– Strauss : Le Chevalier à la Rose, final des trois femmes
– Bach : Passion Saint Mathieu, solo violon avec Ferrier…
Madeleines :
– Cigales (souvenirs de Montauban, vacances d’été)
– Tchaïkovsky : Concerto pour violon (interprété par Jascha Heifetz)
– Son d’un vélo et de pas sur des graviers