Je revois le visage d’Ami Flammer à Gaza, tendu, responsable, concentré, traversé par des sentiments contradictoires, mais engagé dans cette tournée de l’Orchestre de Méditerranée pour participer à la dernière utopie du XXe siècle : rapprocher Israéliens et Palestiniens par la musique. Dans le hall de l’hôtel, quatre musiciens avaient décidé de jouer pour eux-mêmes l’Adagio de Barber. C’était beau comme l’antique dans un pays dévasté.
Je le revois aussi à Tanger jouer le Concerto pour violon de Beethoven. Au premier rang, un personnage important parlait fort à son voisin. Lorsque son téléphone portable a sonné et qu’il a décroché, Ami Flammer a crié « Non » tout en jouant. En haussant les épaules, l’autre a raccroché et s’est tenu tranquille. Le violoniste aurait pu s’arrêter de jouer comme Franz Liszt à Saint-Pétersbourg et répondre avec un sourire au maître des lieux : « Même la musique doit s’arrêter quand le tsar parle. »
Avec Charles Berling, il incarne la rencontre improbable entre Glenn Gould et Yehudi Menuhin devant une caméra de télévision. Pour faire plaisir à Gould, Menuhin avait joué la Fantaisie de Schönberg. Pendant la répétition, le pianiste canadien pensait qu’ils allaient droit à la catastrophe tellement ce langage était éloigné du violoniste. Mais ce fut prodigieux, car, raconte Gould, en une nuit Menuhin s’était approprié totalement l’oeuvre comme s’il l’aimait profondément, du moins provisoirement. A cette hauteur d’inspiration, des petites faiblesses de caractère comptent bien peu.
Voici son programme :
-l’enfant et les sortilèges / leçon de calcul de Ravel
-sonate violon et piano andante fa majeur K 377 de Mozart
-lettres intimes Janacek quatuor novacek
-1ère symphonie de Malher
madeleines
les anarchistes léo ferré
Kudsi Erguner joueur de flûte turque
nacht und traume de schubert