Déjà cinq ans ?
Rien n’avait été décidé pour en faire un événement, mais effectivement, le 11 mars 2009, nous organisions à l’Opéra-Comique à Paris un concert qui préfigurait l’ouverture du Palazzetto.
Quels changements depuis ces débuts ?
Il n’y a pas eu de revirement à 180 degrés, ni échec ou remise en cause, mais dans la mesure où le Palazzetto est l’émanation d’une fondation privée installée en Italie, personne ne nous connaissait à l’époque… Une majorité de nos interlocuteurs était non pas sceptique sur le projet, mais doutait de la manière de valoriser ce répertoire et de l’engouement qu’il pouvait provoquer. Tout était à faire, et nous devions en parler au plus grand nombre. Il a fallu choisir les artistes, chefs, solistes, formations, etc., et surtout donner l’envie et l’impulsion, notamment chez les musiciens d’orchestre. Ce sont eux qui sont les véritables prophètes de ce répertoire, eux qui nous parlent avec conviction de ces partitions. Aujourd’hui, nous nous resserrons sur les idées fondatrices du Palazzetto. La curiosité prime toujours : le public va réécouter une fois en concert la Cinquième Symphonie de Beethoven, mais peut-être pas plus… C’est un constat. On ne ressert pas les œuvres-tartes à la crème dix fois à quelques jours ou semaines d’intervalle.
Comment travaillez-vous ?
Le budget est fixe, et la crise qui est arrivée entre-temps n’a rien changé à la détermination de Nicole Bru, mécène de la fondation. Simplement, la politique de frapper à toutes les portes et d’être ouvert à tout le monde faisait que nous sommes arrivés rapidement à une sorte d’impossibilité de tout accepter, de tout faire dans de bonnes conditions. Donc, il a fallu faire des choix. Au fur et à mesure de notre internationalisation, nous avons ainsi fait moins de concerts en France et plus à l’étranger, en Allemagne et en Angleterre. Du coup, nous nous permettons maintenant des projets plus ambitieux.
N’avez-vous pas fait le tour de la question ?
Pas du tout, au contraire ! Madame Bru pensait qu’on allait longtemps rester entre spécialistes, et j’ai été moi-même surpris d’un tel engouement. Il existait au début, c’est normal, nous venions de créer la surprise, mais aujourd’hui nous sommes encore plus présents : notre activité s’est intensifiée et amplifiée. Sincèrement, à nos débuts, je n’imaginais pas que nous porterions cinq ans plus tard des projets comme Les Mystères d’Isis de Mozart, Les Barbares de Saint-Saëns. Non contents de faire aboutir nos idées, nous piquons la curiosité des autres et nous instillons l’envie d’aller chercher ailleurs. Jusqu’à présent, avec nos interlocuteurs nous tombions d’accord sur une liste commune, alors qu’aujourd’hui, nous pouvons nous permettre d’être nous-même producteurs, comme pour Les Barbares, Herculanum de Félicien David ou encore l’Ali-Baba de Charles Lecocq.
Quels sont les enjeux pour les années à venir ?
Continuer à initier des projets ambitieux tout en affirmant et en revendiquant des œuvres pour les années futures, comme Cinq-Mars ou Saint François d’Assise de Gounod, réaliser ponctuellement de nouveaux festivals, comme prochainement celui qui sera consacré à Saint-Saëns. Après La Vestale, nous allons dénicher d’autres ouvrages lyriques de Spontini. Par ailleurs, dans les années qui viennent, nous mettrons à l’honneur George Onslow.
Des révélations ?
La vraie révélation, aussi géniale qu’elle semble apparaître à la lecture d’une partition, se passe au concert, en l’écoutant valorisée et transfigurée par l’interprète. Je me souviens de quatuors à cordes tout à fait anodins de Kreutzer, dont personne n’aurait voulu, même pas pour allumer un barbecue, qui se sont révélés d’une exceptionnelle sincérité d’expression dans l’interprétation du Quatuor Mosaïques.
Actualités
- Versailles, Opéra royal, 8/03 : David, Herculanum.
- Festival " Félicien David, de Paris au Caire ". Venise, du 5/04 au 17/05. Reprise à Paris (INJA, 23/05, et Théâtre des Bouffes du Nord, 14 et 19/06), La Côte-Saint-André (Festival Berlioz, 30/08) et Toulouse (Festival Piano aux Jacobins, 9/09).
- Paris, Opéra-Comique, 12 au 22/05 : Lecoq, Ali-Baba.
- Avignon, Opéra, 18/04 : Halévy, Le Dilettante d’Avignon.
- Avignon, Opéra, 1 et 3/06 : Hérold, La Fille mal gardée.
- Festival Palazzetto Bru Zane à Paris. Théâtre des Bouffes du Nord, 14, 15, 16, 17, 18 et 19/06.