Encore un client pas facile ! comme on dit familièrement dans le métier. Tout le monde se souvient du premier passage, brillantissime de Claude Hagège dans l’émission Apostrophes de Bernard Pivot. D’un coup, ce professeur obscur d’une matière exotique pour la télévision (la linguistique) est devenu une star. C’était il y a fort longtemps… Quelques aigreurs d’estomac et quelques shampoings Belle Color plus tard, l’homme semble vieillir moins bien que le latin.
Il est arrivé au studio vers 18 h 25 avec une étrange lueur sadique dans le regard. « Vous vous êtes inquiété ? » m’a-t-il demandé. Je sortais de l’enregistrement de deux émissions, un peu crevé, et non, je ne m’étais pas inquiété. Il a eu l’air déçu. Vexé de s’apercevoir que son petit tour n’avait pas marché, il m’a questionné d’un air agacé. « Pourquoi ? » Que me voulait-il ? On allait entrer dans le studio dans cinq minutes, il fallait se détendre, rassembler ses idées, se concentrer, sourire, se dire qu’on allait faire une belle émission, et voilà qu’il me cherchait des poux. « J’étais sûr que vous seriez à l’heure » j’ai répondu. Ça l’a énervé deux fois plus. « Pourquoi ? » a-t-il répété d’un ton excédé. « Parce que la linguistique est le code de noblesse de la langue et que la ponctualité est la politesse des rois » ai-je répondu pour le calmer. Mon assistante est venu lui proposer à boire. « Deux minutes » a-t-il sèchement lâché en essayant d’éteindre en vain son portable. Pour qu’on ne prenne pas de retard, je lui ai donné un coup de main. Florent nous a pris en photo (pour ce blog ! voit-on que je suis tendu ?). Claude Hagège a voulu un double de la photo. Sur le champ ! Comme un enfant, qui réclame un bonbon avant d’aller se coucher. On lui a dit qu’on allait lui en envoyer une par « courriel » (surtout pas par « e-mail », malheureux, n’allez pas me l’énerver !). Il était 18 h 30, le journal venait de commencer. C’est à ce moment-là qu’il a voulu téléphoner. Or son portable était éteint. Florent lui a prêté le sien. Une minute plus tard, à la faveur de la chronique d’Henri Gibier, nous sommes entrés dans le studio. J’essayais de rester zen, tout en prenant les choses en main, en douceur. Il a hurlé en lisant « On air » sur la lumière rouge. « Ne peut-on pas l’écrire en français ? » Eh bien, c’est pas gagné ! « Je termine mon « flash », enfin, mon point d’information » a lâché finement Béatrice Mouédine.
Je ne me souviens plus trop du déroulement de l’émission. Simplement qu’il évitait de répondre aux questions, qu’il écrasait des larmes de crocodile en écoutant la musique, qu’il chantait très fort (pas toujours très juste), qu’il voulait montrer qu’il maîtrisait la grammaire de la musique à la manière d’un médecin de Molière. Il a eu des raccourcis surprenants : « ce qui est lyrique est généralement dans le mode mineur »… Curieux ! Ah oui, et j’ai bien eu l’impression qu’il essayait de me coincer par deux fois, en prof sournois. Il avait l’oeil qui essaie de sourire et l’autre qui menace du directeur Muche face à Topaze dans le film de Pagnol.
A ce moment-là, j’ai lu le message d’un auditeur : « Il est odieux. Courage Olivier, tenez bon ! » Qu’il est doux d’être compris…
Voici le programme de Claude Hagège :
SCHUBERT – premier mouvement de la Symphonie inachevée .
MADELEINES (OPERA) :
Faust (Gounod) : .. L’air du Veau d’Or Méphisto »
Carmen (Bizet) : . La séguédille .
Samson et Dalila (Saint-Saens) : « Mon coeur s’ouvre à la voix de Dalila »
PROGRAMME : BRAHMS – début du concerto pour violon et orchestre (sur le violon) FAURé – La ballade pour piano et orchestre . César FRANCK – première mesure sonate pour piano et violon . MENDELSSOHN – deuxième mouvement du concerto pour violon et orchestre – FRANCK – premier mouvement du quintette pour quatuor à cordes et piano . BRAHMS – première phrase du quintette à cordes et piano .