A la Philharmonie de Paris, les salles sont remplies et les codes changent, raconte son directeur Olivier Mantei

Crédits : Irène de Rosen

La célèbre institution musicale, abritée par un imposant bâtiment en aluminium de l’est parisien signé Jean Nouvel et situé au cœur du Parc de la Villette, est dirigée depuis 2021 par Olivier Mantei. Il revenait au micro de Radio Classique, mardi 2 avril, sur deux ans de concerts et d’activité musicale variée au sein de l’établissement.

Arrivé à la tête de la Philharmonie de Paris et de la Cité de la Musique peu de temps après la pandémie de Covid-19, Olivier Mantei semble avoir été lui-même surpris par la réussite de la reprise des activités. Les concerts enregistreraient en moyenne 90% de remplissage, « y compris pour des concerts dits ‘plus difficiles’ qui touchent des répertoires contemporains », se réjouit-il.

Il se dit également « très étonné » par la « forte augmentation du mécénat » qui aurait connu une hausse de 70% en deux ans. Si on y ajoute de « très bons résultats sur la diversité des publics » avec plus de la moitié des spectateurs ayant moins de 28 ans, « les résultats sont bons », affirme-t-il.

Une transversalité qui ramène de nouveaux spectateurs

Pour son directeur, la Philharmonie doit son succès au « projet transversal » qu’elle porte. En plus de son orchestre et de ses quatre salles de concert, elle détient également le Musée national de la Musique, une maison d’édition, une médiathèque et un pôle éducation qui ambitionne de « donner le goût » de la musique classique aux plus jeunes. Pour Olivier Mantei, cette transversalité « permet de toucher différents publics et de les accrocher ». « Le plus dur, ce n’est pas de faire venir quelqu’un mais de le faire revenir et en cela, la Philharmonie est, je crois, une réussite », estime-t-il.

Rajeunir le public des concerts de musique classique est un des objectifs affichés par la Philharmonie. « Le contact du jeune à la musique passe souvent par son téléphone », juge-t-il. Si cela a selon lui pu rendre la musique « très visuelle » pour une partie de l’audience, Olivier Mantei constate « paradoxalement » que les concerts de l’Orchestre de Paris, qui battent des records à la Philharmonie, n’ont pas de composante visuelle à l’inverse d’autres mises en scènes. « C’est de la musique pure », observe-t-il.

Les codes évoluent

« On sent dans la salle que les codes ont changé », analyse-t-il néanmoins, notant par exemple que le public « applaudit entre les mouvements, ce qui fait bien sûr râler d’autres auditeurs ». Mais dans un concert classique, « on a tous les droits, dès lors qu’on est dans un rapport d’écoute et d’attention », tranche-t-il.

Pour Olivier Mantei, la popularité des concerts en direct n’est pas près de disparaître malgré l’accessibilité grandissante des captations d’œuvres en ligne. « Devant son écran, on reçoit des ondes », compare-t-il. Mais dans la salle de concert, ce sont des vibrations « qui passent par le corps » que l’on reçoit. « Toute la différence est là », juge-t-il. « Ce public a besoin d’une re-matérialisation, de rendez-vous et de lien physique et social et la salle de concert le permet ».

L’inflation menace les salles de concerts

Une autre menace plane cependant sur les établissements musicaux comme la Philharmonie : celle de la crise économique et de l’inflation. Dans l’institution parisienne par exemple, « toutes les charges d’activité des concerts et spectacles sont couvertes à 100% par les ressources propres » mais les frais de fonctionnement et de personnel auraient augmenté de 8 millions en un an. Sauf à changer d’« ADN » ou de « mission », certaines institutions pourraient ainsi avoir du mal à couvrir leurs coûts de fonctionnement.

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Bien qu’il ne soit pas immédiat pour la Philharmonie, son directeur veut alerter sur ce « danger ». Car lorsque « la subvention n’évolue pas, les frais fixes de chaque entreprise sont impactés », ce qui engendrerait déjà des réductions d’activité ou des changements de mission dans certains établissements.

Ella Couet

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