Quel regard portez-vous sur cette partition ?
Je me réjouis de m’atteler à cet opera seria composé par un jeune homme de quatorze ans génial qui per•oit intuitivement dans ce livret de Cigna-Santi d’après Racine, toute la question des affres de la passion. Mozart fait preuve d’une maîtrise de la forme stupé fiante et possède déjà une connaissance étonnante de la psychologie humaine; la musique va au-delà du texte dans la perception du triangle amoureux et des rapports de force entre Mithridate et les autres personnages.
Comment envisagez-vous la mise en scène ?
Au théâtre, la guerre se raconte mais ne se déroule pas sous nos yeux. Le décor d’Éric Ruf, en velours rouge fatigué, figure un théâtre à l’abandon, un huis clos où se déroule l’action au milieu d’accessoires, de fauteuils usés. J’ai rajouté des confidents qui établissent un lien et donnent plus de vraisemblance. Les costumes de Caroline de Vivaise se situent dans une esthétique qui s’écarte du XVIIIe siècle pour privilégier une approche intemporelle.
Quel équilibre concevez-vous entre théâtre et musique ?
Nous avons procédé à des coupes dans une oeuvre de plus de six heures, certains airs ont été allégés. Contrairement au théâtre, l’opéra impose son rythme. À la différence de la musique baroque, chez Mozart, les airs da capo changent fondamentalement la donne. La répétition devient nécessité ; chaque chanteur devient acteur et porte le texte autant que la musique. J’ai voulu appréhender la façon dont Mozart pouvait éclairer la tragédie et Racine nourrir la musique en ayant conscience de la chance qui m’est donnée de travailler avec Emmanuelle Haïm et des musiciens jeunes et enthousiastes.
Paris, Théâtre des Champs-Élysées, du 11 au 20 février.
Dijon, Auditorium, du 26 février au 1er mars.
3 QUESTIONS À… CLÉMENT HERVIEU LÉGER
Radio Classique
Après "Didone" de Cavalli, il y a trois ans, ce pensionnaire de la Comédie-Française met en scène "Mithridate" de Mozart, au TCE.