A en croire ses proches, Schubert s’est violemment mis en colère une seule fois dans sa courte vie. C’était en 1827, il avait bu, c‘était au café Bogner après une excursion. Deux musiciens se sont approchés de sa table pour lui demander s’il pouvait composer des solos. Schubert a refusé tout net. Les instrumentistes ont insisté. « Et pourquoi pas ? Nous sommes des artistes aussi bien que vous ! » Le sang de Schubert n’a fait qu’un tour. « Artistes ? Vous êtes des ménétriers, rien de plus ! Parce que l’un mordille l’embouchure d’un bout de bois, et que l’autre se gonfle les joues sur son cor de chasse, vous appelez ça de l’art ? C’est un métier, un truc qui rapporte de l’argent, vous n’êtes que des souffleurs et des racleurs ».
Est-ce bien le doux Schubert qui a prononcé ces mots, et qui a lui aussi chassé les marchands du temple ? On trouve dans son œuvre une illustration de ce soudain coup de tonnerre. Dans l’adagio de son quintet pour deux violoncelles, au tranquille chant en mi majeur succède un violent épisode central en fa mineur. Un véritable tremblement de terre au cœur d’un paysage paradisiaque.
20.02.2016 : Une minute avec Schubert – Episode 4 : « Coup de Colère »
Radio Classique
Olivier Bellamy, animateur de Radio Classique, s’est passionné l’été dernier pour Franz Schubert et nous raconte l’histoire du compositeur dans une vingtaine de chroniques audio inspirées de son livre « Un hiver avec Schubert ». Lisez et écoutez chaque semaine un épisode de notre série sur Schubert. Voici le 1er épisode : « Le Poète »